Pour beaucoup, la biodiversité est l’état actuel de la diversité du vivant. Une vision figée dans laquelle on croise quelques espèces ou écosystèmes emblématiques qui devraient être conservés à tous prix. Pourtant la biodiversité est un concept complexe et dynamique.


La biodiversité englobe l’ensemble du vivant dans l’infinité de ses variations et de ses interactions, des individus aux écosystèmes, en passant par les populations et les espèces. Mais c’est aussi un équilibre dynamique entre extinction et divergence qui permet le foisonnement de la vie et son adaptation sur notre planète.

L’évolution est le moteur de la biodiversité. L’extinction des espèces est un phénomène naturel de cet équilibre dynamique. Elle est compensée par la divergence qui permet l’apparition de nouvelles populations mieux adaptées à leur milieu, lequel sera tôt ou tard amené à changer.

L’intégralité du vivant présent aujourd’hui sur notre planète est le fruit de cet équilibre dynamique à l’œuvre depuis l’apparition de la vie. Génération après génération, le vivant se réinvente, créant de la biodiversité.

C’est ce que montre le célèbre schéma de l’arbre du vivant présenté par Darwin dans De L’origine des espèces. À chaque génération, ou à chaque tranche de temps, symbolisées par les lignes horizontales, le vivant produit des rameaux. Certains survivront sur une ou plusieurs générations, d’autres pas.

La biodiversité en danger
Ce qui change aujourd’hui, c’est la relation dynamique entre extinction et divergence. Les populations s’éteignent à un rythme soutenu à cause des changements environnementaux radicaux et rapides subis par les écosystèmes. Elles n’ont pas le temps de s’adapter à ces changements. À cette limitation par le temps s’ajoute celle de la diversité. En effet, les habitats sont de plus en plus morcelés. Les échanges entre populations sont donc limités, ainsi que le nombre d’individus sur un territoire, compromettant la variété et le brassage indispensables à l’évolution.

Quand il est question de "protection de la biodiversité", il peut être décidé de protéger certaines espèces ou certains écosystèmes, mais ces efforts se révéleront inutiles si l’équilibre dynamique n’est pas préservé. Certaines politiques environnementales adressent cet enjeu particulier. Le Réseau Natura 2000, qui représente 18,36 % du territoire européen et 12,60 % du territoire français, ou de la Trame verte et bleue tentent d’instaurer une continuité écologique sur le territoire. Leur objectif est d’éviter l’isolement des populations et de créer des zones favorables à la biodiversité sans pour autant en exclure l’activité humaine.

Cette carte représente l'étendue du réseau Natura 2000 en Europe en 2012 © European Environment Agency (EEA)

Cette carte représente l'étendue du réseau Natura 2000 en Europe en 2012 © European Environment Agency (EEA), par European Environment Agency (EEA)

L’importance de la biodiversité : la banane en exemple
La banane (Musa) Cavendish représente 45 % de la production mondiale de ce fruit. Son commerce est dominé par 5 grands groupes internationaux. Elle peut être récoltée encore verte, se conserve bien et a une forme parfaite. La banane que vous achetez au supermarché ou chez votre primeur est très probablement issue de cette variété. Or les plantations présentent très peu de diversité génétique puisque les bananiers sont obtenus presque exclusivement par clonage.

Pour comprendre ce que cette hégémonie et cette homogénéité impliquent, nous pouvons nous pencher sur le destin funeste de la variété de banane qui a dominé le marché mondial avant la Cavendish. À la fin du XIXe siècle, le développement des transports maritimes et ferroviaires a autorisé la banane Gros Michel à être diffusée partout dans le monde. Mais, au début du XXe siècle, des plants de cette variété ont été contaminés par un champignon fatal aux bananiers, le Fusarium oxysporum f. sp. cubense aussi connu sous le nom de maladie de Panama. L’épidémie s’est propagée autour du globe jusqu’à un effondrement de la production mondiale de banane dans les années soixante. Rien n’a pu être fait pour l’enrayer, la pauvreté de la diversité génétique de cette variété l’a rendue particulièrement vulnérable à la maladie. Elle a empêché l’émergence d’une population de bananiers résistants. Aujourd’hui, on cultive les bananes Gros Michel que sur quelques îles et en Afrique sur des plantations qui n’ont jamais été contaminées.

En 2008, des chercheurs ont découvert que des bananiers Cavendish de Sumatra et de Malaisie avaient été infectés par le même champignon. L’histoire se répétera-t-elle ?

Une question s’impose : que se passerait-il si une épidémie de cette ampleur frappait la production de maïs, de riz, de soja ou de blé ? Nous savons que la mécanisation de l’agriculture et les attentes des consommateurs ont entraîné une uniformisation de la production agricole à grande échelle. Cette uniformisation est allée de pair avec un appauvrissement de la biodiversité agricole, rendant la production de nos aliments vulnérables aux maladies, aux ravageurs et aux conséquences du changement climatique.

Pourtant tout n’est pas perdu. Reprenons l’exemple de la banane. On estime qu’elle a été domestiquée il y a plus de 6 000 ans en Papouasie-Nouvelle-Guinée ; puis elle s’est diffusée rapidement dans toutes les régions dont le climat permettait sa culture. Il existe aujourd’hui environ 1 000 variétés de bananes dans le monde dont plus de 300 cultivars de bananes dessert (les bananes sucrées). C’est probablement au sein de cette biodiversité, issue de l’évolution et du travail de sélection effectué par les fermiers, qu’est inscrite la survie de la banane.