Des fossiles datés du Gravettien montrent une étonnante homogénéité morphologique

Une étude parue le 14 décembre 2020 dans la revue Scientific Reports vient revisiter les connaissances sur les populations européennes du Paléolithique supérieur moyen (33.000-24.000 ans avant le présent), qui semblent avoir formé un groupe biologique homogène malgré leur étendue géographique et temporelle. Ces populations sont les artisans du Gravettien, une méta culture préhistorique célèbre pour son art mobilier très développé, ainsi que certains sites archéologiques emblématiques dont l'abri Cro-Magnon découvert en 1868. Ce travail a été dirigé par des chercheurs du CNRS des laboratoires Histoire naturelle de l'Homme préhistorique (CNRS/Muséum national d'Histoire naturelle/Université de Perpignan Via Domitia) et De la préhistoire à l'actuel : culture, environnement et anthropologie (CNRS/Université de Bordeaux/Ministère de la Culture) 1.

Ces dernières années, nos connaissances sur le peuplement de l'Europe et les mouvements des populations du Paléolithique supérieur se sont profondément accrues grâce au progrès de la paléogénomique. Néanmoins, il reste une zone d'ombre d'importance dans ce panorama génétique : les fossiles découverts en France n'ont révélé que très peu de données génétiques exploitables, et quasiment aucune pour les vestiges associés à la culture gravettienne.

L'étude par morphométrie géométrique (discipline scientifique employée pour étudier et analyser la forme d'une structure), de quatre fossiles gravettiens du sud ouest de la France, région riche en matériel archéologique, et leur comparaison à 22 autres fossiles du Paléolithique supérieur permet de lever le voile sur les relations biologiques entre les différentes populations européennes de la période.

Les fossiles gravettiens du sud-ouest de la France montrent une homogénéité morphologique remarquable, malgré les 5 000 ans qui séparent les plus anciens (Cro-Magnon 1 et 2) des plus récents (Abri Pataud 1). Plus surprenant, ils montrent une similarité morphologique très forte avec les artisans du Gravettien d'Europe centrale, à plus de 1 200 kilomètres de là.

L'ensemble de ces fossiles semble avoir formé un groupe biologique homogène malgré la séparation géographique et temporelle.

Ces résultats démontrent ainsi de façon claire l'existence d'échanges génétiques entre l'Europe de l'ouest et l'Europe centrale durant le Paléolithique supérieur moyen. Dans le sud-ouest de la France, la morphologie crânienne change après le dernier maximum glaciaire (il y a environ 23 000 ans), laissant présager une modification importante du pool génétique dans la région.

1 Il implique aussi le laboratoire Préhistoire et technologie (CNRS/Université Paris Nanterre) et l'Institut d'ethnologie et d'anthropologie de Moscou.

Références

Aurélien Mounier, Yann Heuzé, Mathilde Samsel, Sergey Vasilyev, Laurent Klaric & Sébastien Villotte. Gravettian cranial morphology and human group affinities during the European Upper Palaeolithic.

Scientific Reports. 14 décembre 2020 / DOI 10.1038/s41598-020-78841-x