Une équipe internationale de chercheurs, coordonnée par Frédéric Jiguet, professeur au Muséum national d’Histoire naturelle, publie dans la revue Science Advances une étude sur la migration et la démographie du Bruant ortolan et révèle que la chasse traditionnelle de ce petit oiseau protégé a contribué à le mettre en danger.

Pour certains, l’ortolan est un mets d’exception et sa chasse une tradition patrimoniale française qui ne saurait disparaître. Pour les associations de protection de la nature, c’est une espèce braconnée en voie de disparition. La Commission européenne a sommé la France de mettre fin à la pratique de cette chasse, la traduisant devant la Cour de justice de l’Union européenne en décembre 2016 pour non-respect de la directive « Oiseaux », dont on fête les 40 ans cette année. La France encourt alors une amende s’élevant à plus de dix millions d’euros.

Dès 2012, le ministère de l’écologie demande au Muséum de piloter une étude scientifique pour déterminer l’origine et l’état de santé des populations d’ortolans visitant la France en automne. Frédéric Jiguet, professeur au Muséum national d’Histoire naturelle (Centre des sciences de la conservation – CESCO : Muséum / Sorbonne Université / CNRS), monte alors une équipe internationale de chercheurs. Ceux-ci ont capturé, marqué et suivi des bruants ortolans durant 4 ans partout en Europe, de l’Espagne à la Russie et à la Finlande, et même au Moyen-Orient, pour déterminer les populations, les voies de migration et les zones d’hivernage des ortolans. Les résultats de cette étude viennent d’être publiés dans la revue Science Advances : les ortolans qui visitent le sud-ouest de la France ne sont que 300 000 environ, sur les 17 millions que compte l’Europe. Un prélèvement annuel de plusieurs milliers d’ortolans en France (30 000 oiseaux dans les années 1990) est donc considérable ; l’étude estime qu’un tel prélèvement explique plus de 50 % du déclin récent de l’espèce. Les populations migrant par la France sont d’ailleurs plus en déclin que les autres : -30 % depuis le début des années 2000, contre -10 à -20 % pour le reste de l’Europe.

Cette étude, réalisée dans une transparence totale, a permis l’acceptabilité de ses conclusions par tous : la science a un rôle médiateur indéniable quand elle est co-construite et rigoureuse. Ainsi, dans un contexte souvent tendu entre chasseurs et associations de protection de la nature, ce projet de recherche collaboratif mené à l’échelle de l’Europe a pu apporter des arguments scientifiques objectifs pour orienter le processus de décision politique. L’État français a ainsi décidé de faire strictement respecter la protection de cet oiseau, la Fédération départementale des chasseurs des Landes, qui avait co-financé l’étude scientifique, a pris ses responsabilités et demandé aux chasseurs d’ortolans d’arrêter cette activité et la Commission européenne a retiré sa plainte contre la France. Finalement, cette chasse traditionnelle disparaîtra avant de faire disparaître son oiseau.

Référence

Jiguet F, Robert A, Lorrillière R, Hobson KA, Kardynal KJ, Arlettaz R, Bairlein F, Belik V, Bernardy P, Copete JL, Czajkowski MA, Dale S, Dombrovski V, Ducros D, Efrat R, Elts J, Ferrand Y, Marja R, Minkevicius S, Olsson P, Pérez M, Piha M, Raković M, Schmaljohann H, Seimola T, Selstam G, Siblet J-P, Skierczyǹski M, Sokolov A, Sondell J, Moussy C. Unravelling migration connectivity reveals unsustainable hunting of the declining ortolan bunting. Science Advances. Mai 2019

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