« Natur », « tabia », « zi-ran » : comment les équivalents du mot « nature » influent-ils sur les méthodes de conservation dans le monde ?

Cette étude, publiée dans la revue Conservation Biology et effectuée par une équipe de chercheurs du Centre d'Écologie et des Sciences de la Conservation (Muséum national d'Histoire naturelle - CNRS – Sorbonne Université) et de l'université Paris Diderot a permis d'examiner, avec l'aide de linguistes, la définition du mot nature dans 76 des principales langues du monde. Les chercheurs ont alors remarqué qu'il existe peu de morphèmes différents (les racines étymologiques) utilisés pourtant par 7 milliards de personnes.

En Europe, nous utilisons presque tous une variante du latin « natura », qui devient « nature » en français et en anglais, « natur » en allemand ou encore « náttúran » en islandais. Ces mots désignant la « nature » proviennent presque toujours des langues liturgiques (latin, arabe, sanskrit, pali…) et sont donc définis dans des contextes religieux et culturels spécifiques.

La « wilderness » aux États-Unis par exemple, émerge dans un contexte américain de conquête de l'Ouest qui façonne la vision d'une nature sauvage, où les humains n'ont pas leur place. Dans le sud-est asiatique, la « thoamachat » désigne une nature faite de grands cycles, qui englobent aussi bien la course des astres que celle des saisons ou des cycles biologiques. En Inde, la « prakrti » porte plutôt l'idée très dynamique d'une perpétuelle éclosion créatrice…

Ainsi, protéger la « nature », la « wilderness », la « thoamachat » ou la « praktri » n'a pas la même signification. Les auteurs en déduisent que la compréhension des concepts, cachés derrière ces mots, a des implications majeures en matière de politique de la conservation. Ils évaluent que la vision hégémonique américaine de la « wilderness », disséminée à travers le monde et institutionnalisée par certaines ONG, peut entrer en contradiction avec les méthodes de conservation d'autres pays façonnées dans des contextes culturels différents. La nature en France s'est, par exemple, beaucoup construite avec l'Homme et ses activités pastorales ou paysagères, comme le démontrent, entre autres, nos politiques de conservation prenant la forme de parcs régionaux dans lesquels peuvent se trouver des champs et des villages, ce qui est inconcevable pour le concept de « wilderness ».

L'étude conclut qu'il est primordial que l'ensemble des acteurs des politiques de conservation (scientifiques, gouvernants, agents d'institutions internationales…) s'évertue non pas à participer à la diffusion de la vision dominante, mais à proposer des politiques et des pratiques qui tiennent compte du substrat naturel et culturel du pays dans lequel elles seraient implantées.

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Référence

How the diversity of human concepts of nature affects conservation of biodiversity.
Frédéric Ducarme, Fabrice Flipo, Denis Couvet

Conservation Biology,  29 Septembre 2020 34:6, DOI 10.1111/cobi.13639


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