Une analyse inédite en Guyane sur les effets que la chasse peut avoir sur la régénération de la forêt elle-même.

La défaunation signifie la disparition progressive des animaux dans une communauté.

Une équipe de chercheurs de l’unité « Mécanismes adaptatifs et évolution » du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN - CNRS) vient de publier une analyse inédite en Guyane sur les effets que la chasse peut avoir sur la régénération de la forêt elle-même. Il en résulte que lorsque les grands animaux qui dispersent naturellement les graines de certains arbres sont tués, la forêt toute entière en subit les conséquences et c’est à un appauvrissement global de la forêt tropicale que l’on peut s’attendre. Les résultats sont publiés dans la revue Ecological Applications.

Alors que les menaces causées par la déforestation sur l’avenir des forêts tropicales attirent l’attention internationale depuis plusieurs décennies, les effets de la chasse commencent, eux, à devenir de plus en plus documentés. Qu’elle soit de subsistance ou commerciale, elle touche une grande majorité des forêts tropicales dans le monde, et ce jusqu’au cœur des parcs nationaux. Au-delà de l’impact direct qu’elle a sur les populations des animaux ciblés, la chasse a également des conséquences sur les arbres eux-mêmes. En effet, une majorité des espèces d’arbres repose sur les animaux qui consomment leurs fruits et dispersent leurs graines, et ainsi se régénère. La diminution des populations animales en raison de la chasse devrait donc avoir un impact sur la dynamique de régénération des arbres de la forêt. Cependant, contrairement aux animaux dont on peut voir les populations chassées s’effondrer en l’espace de quelques années, les effets de la chasse sur les arbres ne sont pas immédiatement visibles, puisque ceux-ci peuvent vivre et rester en place des dizaines voire des centaines d’années, même s’ils ne peuvent plus se reproduire.

Sur le long terme, ces immenses superficies de forêts risquent de se retrouver considérablement appauvries. Les espèces d’arbres, notamment celles à grosses graines dispersées par les animaux les plus chassés, souvent des primates, risquent de disparaître au profit de la minorité d’espèces dispersées par le vent ou à petites graines. Cet appauvrissement des forêts tropicales mettra à son tour en péril les activités économiques ou de subsistance qui en dépendent, telles que l’exploitation du bois, des fruits ou des graines.

Référence

Modifications of the rainforest frugivore community are associated with reduced seed removal at the community level.
Boissier. O, Feer. F, Henry. P-Y, Forget .P-M
Ecological Applications / DOI : 10.1002/eap.2086

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