Après plus de 350 ans d’accumulation de la diversité naturelle, ce fonds des collections du Muséum continue de s’enrichir aujourd’hui pour la recherche actuelle et future, mais aussi pour diffuser les connaissances auprès du plus grand nombre.


La curiosité avant tout
C’est dans le droguier du Jardin royal des plantes médicinales, officine où les chimistes analysent les vertus des végétaux, que se trouve l’embryon du fonds qui formera les futures collections du Muséum. L’os de géant (en réalité, de girafe) de Gaston d’Orléans, par exemple, y côtoie des potions consacrées et des poisons garantis : c’est le goût pour les objets rares et insolites qui prime… Progressivement, les curiosités et les poudres de perlimpinpin font place à des collections ordonnées et systématisées d’objets de même nature on laisse de côté le divin et le merveilleux, on recherche la parenté et l’ordre naturels récurrents. Ainsi, le droguier royal devient un authentique Cabinet d’histoire naturelle, appellation qu’il prend en 1729.

La raison prend le dessus
Les cailloux glanés sur les volcans et dans les carrières laissent place à de véritables collections de roches, ordonnées par famille les plantes utilitaires, sommairement pressées et séchées, à des herbiers soignés et exhaustifs les animaux desséchés à la va-vite, les dépouilles grossièrement conservées et les morceaux incomplets à des naturalisations de plus en plus réussies… Les insectes sont délicatement étalés, les coquillages soigneusement nettoyés aux parures bariolées et aux armes étranges des indigènes d’outre-mer succèdent un mobilier et des objets quotidiens d’autres civilisations, passées et présentes. Ainsi, l’étonnant bric-à-brac sur lequel règne le premier médecin du roi, Guy de La Brosse, en 1640, est supplanté sans rupture par le Cabinet royal d’histoire naturelle, dont Buffon s’enorgueillit à juste titre en 1750.

L’évolution des motivations
Lorsque s’ouvre le droguier, au XVIIe siècle, on collecte pour 3 raisons : pour diffuser au plus grand nombre un savoir botanique médical et pharmaceutique, en réaction à l’élitisme de l’enseignement en latin de la Sorbonne pour guérir et apprendre à guérir en accumulant un maximum de matériaux aux propriétés pourtant incertaines alors enfin, pour s’y retrouver dans le foisonnement que l’exploration des contrées lointaines fait découvrir aux Européens. Au XXIe siècle, les motivations se sont renouvelées ou affirmées. On collecte toujours pour diffuser et enseigner au plus grand nombre on collecte pour étudier tout l’éventail de variation des objets on collecte aussi pour conserver et envelopper tous les champs éventuels de la recherche future. Enfin, un souci prime : avancer au plus vite dans l’inventaire de la géodiversité, de la biodiversité et de l’anthropodiversité, toujours pour mieux appréhender notre environnement.