Histoire des diatomées

Découverte

21.11.2016

Zlatko Levkov, Professeur associé de la Faculté de sciences naturelles due Skopje en Macédoine, est passionné par desalgues microscopiques appelées diatomées. Il existerait jusqu’à 100 000 espèces distinctes !


Chaque individu est protégé par une coquille de silice qui fait penser à de la dentelle. Ces organismes se retrouvent dans quasiment tous les milieux aquatiques de notre planète et leur présence dans des dépôts anciens nous parle d’une histoire passée.

Ces nombreuses raisons ont poussé Zlatko Levkov à venir étudier les collections de diatomées du Muséum national d’Histoire naturelle grâce au programme européen SYNTHESYS.

Les diatomées sont des organismes unicellulaires, photosynthétiques, eucaryotes, et présents dans à peu près tous les milieux aquatiques. On peut en observer dans des mares, des rivières, des étangs, des lacs, en eau douce, saumâtre ou encore marine. Ces organismes sont également présents dans des environnements terrestres tels que des rochers humides, des mousses, dans le sol, et même dans des caves.

Ils peuvent être planctoniques1 ou benthiques2.

Les diatomées sont photosynthétiques et sont par conséquent traditionnellement classées au sein des algues.

La surface de la cellule est protégée par une coquille de silice (la frustule) divisée en deux valves. La silice est virtuellement inerte et indestructible. Ses restes peuvent ainsi être préservés pendant de longue période de temps dans les couches sédimentaires. L’ornementation de silice observée sur la frustule est caractéristique de chaque espèce, fournissant des informations essentielles à leur identification et leur classification. De nombreuses estimations ont été proposées concernant la diversité des diatomées. Les articles les plus récents suggèrent qu’il existe environ 200 000 espèces de diatomées fossiles et actuelles. En se fondant sur les concepts basés sur les espèces actuelles de diatomées, les caractéristiques ultra-structurelles et les analyses génétiques utilisées pour distinguer les espèces, on peut imaginer que ce chiffre pourrait être revu à la baisse, avec un nombre plus réaliste de 30 à 100 000 espèces.

Les travaux de Zlatko Levkov portent sur la taxonomie, la phylogénie et l’écologie des diatomées, principalement en eau douce. Ses précédents travaux ont traité de la taxonomie des diatomées des anciens lacs Ohrid et Prespa (sud des Balkans). Ces recherches ont mené à la description d’une centaine d’espèces dans ces lacs. En sachant que ces anciens sites lacustres étaient des zones riches en biodiversité (hotspot), des analyses détaillées de plusieurs genres ont été menées au niveau des lacs Baïkal, Tanganyika, Hövsgöl. Les espèces ont été comparées avec des échantillons provenant de dépôts fossiles de Köpecz et Bodos (Transylvanie, Roumanie).

Ces dernières années, des études de grande envergure ont été menées sur les genres Rhoicosphenia, Amphora et Luticola. Ces observations montrent qu’il existe des complexes d’espèces de diatomées présents sur certains continents ou sur de plus grandes zones géographiques. Plusieurs publications ont montré que certains genres (en particulier Luticola et Amphora) présentent une grande diversité en Amérique du Sud.

Et aussi étonnant que cela paraisse au sein de la communauté scientifique d’hier et d’aujourd’hui, les espèces de diatomées qu’Emile Manguin (1893-1966) a pu décrire n’ont pas été recensées. Cela peut s’expliquer de trois façons différentes :

  • les espèces n’ont pas été publiées de façon valide (ie. absence de description ou « diagnose » en latin),
  • les collectes et explorations réalisées en Amérique du Sud n’ont été que partielles,
  • les espèces ont été mal identifiées ou laissées de côté.

Il sera donc important d’illustrer, de typifier3 et valider les espèces introduites par Manguin avant de poursuivre les investigations sur le continent américain. Les espèces décrites par Manguin sont essentielles non seulement d’un point de vue taxonomique, mais également d’un point de vue biogéographique et probablement phylogénétique. Le projet comprend des observations en microscopie traditionnelle de spécimens-types d’un nombre conséquent d’espèces de Navicula et Amphora conservées au Muséum national d’Histoire naturelle à Paris. Si nécessaire, des typifications formelles seront réalisées. Certaines espèces décrites par Manguin ne sont pas publiées de façon valide puisque les diagnoses en latin en sont absentes et les spécimens-types ne sont pas référencés.

 

Portrait de Zlatko Levkov © MNHN

Portrait de Zlatko Levkov © MNHN

Notes

1. vivant en eau vive.
2. se développant avec ou sur des substrats particuliers.
3. définir de nouveaux spécimens-types de nouvelles espèces. Un spécimen type est le spécimen de référence d’une espèce.


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