L’étonnante sexualité des pucerons !

Découverte

21.09.2016

Lorsque l’on pense aux pucerons, on imagine tout de suite ces petits insectes suceurs de sève qui envahissent nos rosiers. Imaginez les ravages de ces animaux sur les cultures ! Et nous connaissons tous les effets catastrophiques du Phylloxéra sur les vignes… Parce qu’effectivement, le Phylloxéra n’est autre qu’un puceron ! Pour trouver des moyens de combattre ces insectes « nuisibles », étudier leur mode de reproduction assez rare chez les animaux (la parthénogénèse) s’avère être une approche pertinente. C’est le sujet de recherche de Karina Wieczorek de l’Université de Silésie (Pologne). Le Muséum abrite des collections conséquentes de pucerons, que notre visiteuse est donc venue étudier dans le cadre du projet scientifique européen Synthesys.


Les aphides, plus communément appelés pucerons, constituent une véritable plaie, pas seulement pour les amateurs de roses, mais aussi et surtout pour les agriculteurs. Ces insectes sont de terribles ravageurs de cultures. Leur mode de reproduction, appelé parthénogénèse, permet aux femelles de produire des œufs sans l’intervention des mâles. Et cela favorise l’installation en masse de nouvelles populations. Pour combattre ces insectes « nuisibles », il faut donc étudier leur mode de reproduction.

Environ 5 000 espèces de pucerons (ou aphides) ont été décrites à ce jour, et toutes se reproduisent exclusivement par parthénogénèse apomictique (reproduction par clonage ou asexuée). Ce mode de reproduction est extrêmement rare au sein du règne animal, mais les aphides exploitent ce mode de reproduction à son plus haut niveau. Cette adaptation mène à un taux d’accroissement de population record en un minimum de temps et leur permet d’occuper rapidement de nouvelles niches écologiques en cas de modifications environnementales. Par conséquent, ce type de reproduction constitue un facteur clé lorsque l’on s’intéresse aux désastres économiques induits par les parasites des cultures agro-alimentaires. La lutte contre ces insectes est compliquée du fait de leurs invasions massives, de la grande variété des morphes (descendants modifiés) et de leurs cycles de vie complexes. En apprendre plus sur les stratégies de reproduction des aphides s’avère donc essentiel pour développer des moyens efficaces de prévenir et combattre ces nuisibles ainsi que les maladies transmises par des virus.

Le projet de Karina Wieczorek implique l’examen et la comparaison des structures de l’appareil reproducteur chez les individus-clés (morphes) lors des cycles reproductifs : les femelles ovipares et les mâles qui sont issus de la reproduction sexuée de ces animaux. Le projet s’appuie sur l’hypothèse selon laquelle le système reproducteur des populations obtenues par reproduction sexuée chez ces animaux, du point de vue de sa morphologie et de ses ultrastructures, constitue une source de caractères pertinents pour la reconstruction phylogénétique (histoire évolutive des espèces) des relations évolutives au sein de la famille des Aphididés. En effet, les organes du système reproducteur se modifient très lentement lors des processus phylogénétiques. Les résultats de l’étude de ces structures apporteront non seulement de nouvelles données relatives au système reproducteur, mais permettront également une meilleure compréhension d’autres groupes d’insectes.

Karina Wieczorek est chercheur au Département de Zoologie de la Faculté de Biologie et de Protection environnementale à l’Université de Silésie en Pologne. Elle est entomologiste, et s’intéresse à la taxonomie, la génétique, l’anatomie et la phylogénie des aphides (pucerons). Ses travaux portent également sur le contrôle biologique, et les espèces nuisibles.

Karina a publié plus de 50 articles dans des revues scientifiques reconnues, ainsi qu’un ouvrage.

Pour en savoir plus sur Synthesys

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