Comment différencier un criquet d’un autre criquet… surtout lorsqu’ils se ressemblent.

Découverte

22.11.2016

Martin Husemann est venu étudier et comparer les collections de criquets du groupe des Œdipes du Muséum national d’Histoire naturelle afin de mieux comprendre comment des espèces vivants à grande distance les unes des autres peuvent se ressembler. Est-ce lié à un ancêtre commun ayant donné naissance à des individus qui se seraient installés dans des environnements distincts ? Ou bien à des espèces distinctes mais qui auraient développé des morphologies et couleurs similaires en fonction des habitats où ils vivent ?


Les Oedipes1 sont un groupe particulier de criquets et représentent l’un des groupes les plus variés au sein des Orthoptères (grillons, sauterelles, criquets).

Leur distribution géographique est large puisqu’on peut les rencontrer sur quasiment tous les continents.Néanmoins, leurs niches géologiques se limitent aux zones arides ou semi-arides.

Les Œdipesprésentent des adaptations similaires même au travers de grandes distances géographiques.

Ces ressemblances morphologiques ont laissé place à une confusion taxonomique puisqu’elles peuvent être le résultat d’un ancêtre commun ou d’une évolution de type convergence en réponse à des pressions de sélection comparables au sein des habitats.

Dans une précédente étude, l’équipe avec laquelle travaille Martin Husemann a mis en évidence que les similarités morphologiques observées chez les genres Nord-américains Trimerotropis et Circotettix, ainsi que chez ceux d’Eurasie Sphingonotus et Bryodema, résultent plutôt d’une convergence évolutive2 que d’un ancêtre commun. Cette hypothèse a conduit à la reconnaissance de la tribu3 des Trimerotropini(qui avait été écartée) pour les genres Trimerotropis et Circotettix. Cela a également permis de mieux connaître la systématique et l’évolution du groupe. Toutefois, il semble que quelques genres partageant des similarités morphologiques et observés dans l’ancien et le nouveau monde partagent des liens de parenté.

La même équipe scientifique explore actuellement ces genres par une méthode dite de morphologie quantitative en utilisant une approche biométrique4. En outre, elle étudie les relations phylogénétiques5 au moyen de phylogénies multi-gènes. Ainsi, les criquets Œdipessont utilisés comme système modèle pour les études de convergence intercontinentale et permettent de mieux comprendre comment la similarité morphologique évolue de façon répétitive sans pour autant se fonder sur un bagage génétique commun aux espèces en question.

Martin Husemann est responsable des collections d’Entomologie à l’Université de Hambourg (Allemagne). Il s’intéresse à l’évolution de la biodiversité. Ses travaux portent plus précisément sur l’étude des écosystèmes riches en biodiversité et sur la diversification rapide de cette dernière. Pour ce faire, Martin Husemann se fonde sur les méthodes de génétique des populations, de phylogénie et de biogéographie pour comprendre comment les espèces se diversifient.

 

Portrait de Martin Husemann © MNHN

Portrait de Martin Husemann © MNHN, par patrick-lefeuvre

Notes

1. Œdipe : groupe particulier de criquets de la sous-famille des Oedipodinae.
2. Convergence évolutive : apparition de caractéristiques similaires chez des groupes différentes du fait de pression environnementales comparables. Ex. : tous les vertébrés inféodés au milieu marin possèdent des formes comparables telles que des nageoires, une morphologie hydrodynamique… Mais ils n’ont pas tous un ancêtre commun.
3. Tribu : niveau de classification des espèces situé en dessous de la famille.
4. La biométrie compare les formes. L’exemple type est la comparaison des empreintes digitales.
5. Phylogénie : relations de parenté entre groupes au cours de l’évolution.


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