Des câpres… oui… mais de Nouvelle-Calédonie ?

Découverte

31.07.2017

Qui n’a pas un jour goûté une pizza ou un steak tartare avec des câpres ? Mais savez-vous ce qu’est une câpre ? Et tout d’abord, oui, ce terme est bien féminin, et non pas masculin. Ensuite, il s’agit du bourgeon floral d’une plante appelée Câprier commun (Capparis spinosa, famille des Capparaceae) et largement répartie sur le pourtour méditerranéen. Mais le genre Capparis ne se rencontre pas exclusivement en Europe, loin de là ! En effet, on peut en observer une grande variété dans le Pacifique sud et plus précisément en Nouvelle-Calédonie. Des collectes récentes sont venues complétées les collections, déjà conséquentes, de l’Herbier du Muséum nationla d'Histoire naturelle. Mais malgré sa richesse, cette collection et la classification du genre Capparis sont finalement assez mal connues en ce qui concerne la diversité néocalédonienne. C’est donc sur ce sujet que s’est penché Silvio FICI grâce à une bourse de recherche du programme scientifique européen SYNTHESYS.


Le genre tropical et subtropical Capparis, appartenant à la famille des Capparaceae, inclut, dans la région Indo-Pacifique, environ 80 espèces, largement réparties dans des bosquets, des forêts, et la végétation côtière, du niveau de la mer à plus de 2000 m d’altitude. La plupart de ces espèces poussent sous forme d’arbustes, de petits arbres, souvent rampants et épineux, facilement reconnaissables à leurs fleurs très visibles portant plusieurs étamines et un ovaire porté par un long gynophore (support né du réceptable de la fleur et qui ne contient que les organes femelles). L’espèce la plus connue du genre est Capparis spinosa, dont les bourgeons floraux macérés dans du vinaigre ou du sel sont appelés « câpres », et largement utilisés dans la cuisine méditerranéenne.

Si de nombreuses recherches ont été menées sur ce genre au cours du siècle dernier par M. Jacobs (1960, 1965), ce n’est plus le cas aujourd’hui. De plus, en l’absence de révisions taxonomiques et de clés de détermination, l’identification de matériel d’herbier (planches d’herbier) est souvent rendue difficile. Ceci s’explique par le fait que plusieurs espèces présentent un polymorphisme (plusieurs formes) important dépendant de divers facteurs tels que la plasticité phénotypique (modifications de l’ensemble des caractères observables d'un individu), la différenciation éco-géographique, les processus d’hybridation, et bien d’autres encore.

La flore de Nouvelle Calédonie est exceptionnellement riche avec plus de 3300 espèces de plantes vasculaires, dont près de 75% sont endémiques. L’étude taxonomique du genre Capparis est plus que jamais nécessaire dans cette région si l’on considère que certaines espèces et variétés sont encore peu ou mal connues, et présentent parfois des variations complexes de motifs et de formes « anormales ».

 

Portrait de Silvio FICI

Dans le cadre de ses recherches, et grâce à une bourse du programme SYNTHESYS, Silvio FICI est ainsi venu explorer l’immense collection de Capparis conservée à l’Herbier du Muséum national d'Histoire naturelle. Notre collègue italien est Professeur associé au Dipartimento di Scienze Agrarie e Forestali (SAF) de l’Università degli Studi di Palermo (Palerme, Italie). Son objectif principal consiste à réviser le genre dans la région de la Nouvelle Calédonie, en incluant des clés de détermination, ainsi que des cartes de distribution. Ces données permettront sur le long terme de mieux connaître la famille des Capparaceae présente au sein de la Flore de Nouvelle Calédonie. Silvio FICI a pu étudier l’ensemble de la collection conservée à l’Herbier, et en particulier les spécimens-type (ou spécimens de référence) ainsi que le matériel récemment collecté et en attente d’identification. Grâce à cette mission, notre collègue italien a pu collecter une quantité considérable de données morphologiques, chorologiques (étude scientifique de la répartition géographique des espèces animales et végétales), et autoécologiques de chaque taxon.

Parmi les espèces largement réparties du genre Capparis en Nouvelle Calédonie, l’espèce C. artensis (Fig. 1), également présente au Vanuatu, est une plante grimpante particulièrement épineuse et qu’on rencontre fréquemment dans les zones de maquis sur des substrats ultramafiques (ou maquis miniers, très riches en minéraux ferro-magnésiens et pauvres en silice) et siliceux. On rencontre aussi Capparis dans la forêt dite scérophylle (plantes dont les feuilles à cuticule épaisse sont coriaces) aussi appelée “forêt sèche” poussant dans des zones sédimentaires recevant peu de pluie et sur des substrats volcaniques. C. quiniflora (Fig. 2) possède une grande répartition géographique s’étendant de l’Indonésie au Nord de l’Australie et jusqu’aux îles Fidji. C’est une plante grimpante portant de petites épines, et très présente en Nouvelle Calédonie dans les forêts sclérophylles de basse altitude. Dans quelques localités, le long de la côte, on peut également rencontrer l’espèce C. spinosa subsp. cordifolia sous la forme d’arbustes poussant sur des falaises calcaires et des côtes rocheuses. Elle est reconnaissable à ses feuilles relativement charnues et ses grandes fleurs s’ouvrant la nuit (noctiflore). Cette plante est présente dans plusieurs autres îles du Pacifique, où l’on rencontre aussi les espèces Capparis sandwichiana ou Capparis mariana (Fig. 3).

En plus de l’étude de ces espèces, les travaux menés par Silvio FICI ont pour objectif de clarifier le statut taxonomique d’autres espèces et variétés de Nouvelle Calédonie peu ou encore mal connues, ainsi que d’identifier du matériel encore non décrit et récemment collecté dans cette même zone.

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