Une bouffée d’oxygène pour la collection Méiofaune

En février dernier, Fernando Prados (Madrid, Espagne), accueilli par Cédric Hubas, chargé de la collection méiofaune, a fait au Muséum national d’Histoire naturelle l’honneur de lui faire un don de 22 nouvelles espèces de Kinorhyncha. Jusqu'alors, seules six espèces étaient conservées dans la collection de méiofaune de l’institution.


La méiofaune est un terme un peu fourre-tout introduit en 1942 par Molly F. Mare qui désigne les "petits" métazoaires benthiques dont la taille est arbitrairement fixée entre ~40 µm et 1 mm (le "zooplancton des sables" en quelque sorte). Dans ce bestiaire un peu loufoque, on retrouve de nombreux organismes (pour la plupart juvéniles dont la taille répond au critère ci-dessus) appartenant à 20 des 34 embranchements connus du règne animal. Parmi ces 20, cinq sont exclusivement inféodés à ce "groupe" écologique. Il s'agit des Gnathostomulida, Kinorhyncha, Loricifera, Gastrotricha et, les plus connus, les Tardigarda.

Dans ces conditions, se revendiquer taxonomiste de la méiofaune apparaîtrait hautement prétentieux tant la tâche est ardue pour chacun des embranchements cités. Il faut donc se rendre à l'évidence, nous ne pouvons compter que sur la connaissance d'une poignée de spécialistes afin de mieux comprendre la taxonomie, la biologie, l'écologie et l'histoire évolutive de ces organismes.

"C'est dans ce contexte que Fernando Pardos de l'Université de Madrid m'a contacté  au mois de septembre 2014 afin de répondre à l'appel d'offre Synthesys. Fernando est un des rares spécialistes des Kinorhyncha (ils ne sont pas plus de cinq dans le monde à pouvoir afficher cette compétence sur leur CV - et 2 sont des étudiants de Fernando). Ces organismes ont été découverts en 1841 dans des laisses de mers par le naturaliste Français Félix Dujardin sur les plages de Saint-Malo. Le nouvel embranchement ainsi découvert fut décrit 10 ans plus tard comme "un petit animal marin, l'Equinodère, constituant une forme intermédiaire entre les crustacés et les vers". Le dernier embranchement connu (Loricifera) fut lui découvert en 1983 à Roscoff par Reinhardt Kristensen. C'est dire si l'histoire de la méiobenthologie est riche !" explique Cédric Hubas.

Les Kinorhyncha sont des organismes fascinants à tout point de vue, ce qui leur vaut le surnom de "dragons des vases" (mud dragon). Ils vivent exclusivement dans les sédiments marins côtiers et subtidaux (jusqu'à 6000 m de profondeur) et marchent presque littéralement sur la tête. Ils ont, en effet, la particularité de porter une couronne d'épines autour de la tête (appelée scalide) utilisées pour la locomotion. Leur tête peut à loisir se rétracter dans le cou et sortir pour imprimer un mouvement d'oscillation qui permet aux épines de saisir le substrat et de tirer le corps. Ils possèdent un système nerveux assez développé avec un "cerveau" placé dans le cou. Celui-ci est en forme de donut’s permettant à la tête de passer librement à travers le cerveau lors des déplacements de l'animal.

La visite de Fernando fut donc une véritable bouffée d'oxygène pour la collection méiofaune du muséum. Des spécimens de Kinorhyncha avaient été déposés au muséum par Robert Higgins et correspondaient tous à des paratypes de diverses espèces. Cette micro-collection de Kinorhyncha comprenait en tout six espèces différentes et avait été oubliée peu à peu, même par les spécialistes tels que Fernando. Sa visite fut donc un véritable succès puisqu'elle a permis de valider l'identification des spécimens par comparaison avec les spécimens type du Smithsonian (apportés par Fernando) et de vérifier leur état de conservation. Cette visite a été l'occasion d'enrichir la collection du muséum grâce à un don de Fernando de vingt-deux nouvelles espèces.

Il reste encore beaucoup de choses à découvrir sur les Kinorhyncha car nous ne savons toujours pas de quoi ces organismes se nourrissent et quel est exactement leur cycle de vie... et ce malgré le fait que nous les connaissons depuis plus de 170 ans !

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