Analyse de la pollution des sols
Sciences

Des polluants persistants, les PFAS, pourraient augmenter le risque de développer la sclérose en plaques

Omniprésents dans l’environnement, les PFAS sont suspectés de provoquer des cancers et de perturber l’action de certaines hormones. Et ils affectent aussi le système nerveux, comme le montrent désormais les travaux de l’équipe de Sylvie Remaud, du Muséum national d’Histoire naturelle, en collaboration avec Bernard Zalc (Institut du Cerveau, Paris).

Que sont les PFAS ?

Sylvie Remaud : Derrière cette abréviation se cachent les composés perfluorés, une famille de milliers de molécules qui sont depuis des décennies utilisées par l’industrie pour imperméabiliser des tissus ou recouvrir des poêles antiadhésives. Depuis 2019, certains PFAS ont été inscrits dans la liste des « produits à éliminer » de la Convention de Stockholm signée par 152 pays. En Europe, leur production est interdite depuis 2020.

Où trouve-t-on les PFAS aujourd’hui ?

Sylvie Remaud : Partout ! Ce sont des polluants persistants, en anglais on les appelle les « forever chemicals ». Ils se dégradent très peu dans l’environnement. Ils sont présents en mer, dans les rivières, les sols, l’eau du robinet, la nourriture… On en retrouve également dans les tissus des animaux et des êtres humains. Ils s’accumulent dans notre organisme tout au long de notre vie.

Comment avez-vous fait le lien entre PFAS et sclérose en plaques ?

Sylvie Remaud : Ces molécules aiment particulièrement bien les tissus adipeux. Or la gaine de myéline, qui enveloppe les fibres nerveuses et qui accélère la transmission des signaux électriques dans le cerveau, est composée à 70 % de lipides. Ce sont ces gaines qui dégénèrent dans la sclérose en plaques, et provoquent les pertes de capacités motrices et sensitives caractéristiques de cette maladie.

Nous avons fait l’hypothèse que les PFAS altéreraient la stabilité et le fonctionnement de la gaine. Ce qui établirait un lien entre l’augmentation du nombre de malades atteints de sclérose en plaques et celle des usages de ces polluants.

Comment avez-vous testé cette hypothèse ?

Sylvie Remaud : Nous avons introduit des PFAS dans l’eau que boivent des souris gestantes, depuis les derniers jours de leur gestation jusqu'à la fin de la période de lactation. Nous avons constaté que ces contaminants se retrouvent dans la myéline des souriceaux et que le cerveau de ces derniers fabrique moins de myéline.

Comment faire le lien avec la sclérose en plaques ?

Sylvie Remaud : Notre collègue Bernard Zalc à l’Institut du Cerveau travaille avec des têtards de xénope (Xenopus laevis) chez qui, en ajoutant un toxique dans leur bain, on peut provoquer une perte de myéline, assez semblable à ce qui se passe dans la sclérose en plaques. Normalement, leur myéline se répare spontanément si on les replace dans une eau saine. Mais si on les expose à des PFAS, les têtards deviennent incapables de réparer la gaine de myéline et présentent des troubles moteurs.

Qu’en concluez-vous ?

Sylvie Remaud : Nous pensons que certains PFAS s’accumulent dans la gaine de myéline et la déstabilisent. Sur des personnes ayant déjà un terrain favorable dû par exemple à certains facteurs génétiques auxquels s’ajoute l’exposition à d’autres facteurs environnementaux, cette accumulation de PFAS dans la gaine de myéline pourrait augmenter le risque de développer la sclérose en plaques.

 

Référence scientifique

L. Butruille, P. Jubin, E. Martin, M.S. Aigrot, M. Lhomme, J.B. Fini, B. Demeneix, B. Stankoff, C. Lubetzki, B. Zalc, S. Remaud. 2023. Deleterious functional consequences of perfluoroalkyl substances accumulation into the myelin sheath, Environment International, Volume 180. DOI: 10.1016/j.envint.2023.108211

 

Entretien avec Sylvie Remaud, maître de conférences au Muséum national d'Histoire naturelle (UMR 7221 Physiologie Moléculaire et Adaptation)