Recherche scientifique

Le glyphosate est-il néfaste ?

Le 16 novembre 2023, la Commission européenne a annoncé son intention de reconduire l’autorisation du glyphosate pour une période de dix ans, estimant que le niveau de risque ne justifiait pas d'interdire cette substance utilisée dans la fabrication des herbicides. Une décision très controversée.

Le glyphosate, qu’est-ce que c’est ?

C’est une molécule et le principe actif d’herbicides utilisés principalement pour détruire les adventices, c’est-à-dire les « mauvaises herbes ». La molécule pénètre les tissus de la plante grâce à l’ajout de substances qu’on appelle surfactants. Une fois à l’intérieur, le glyphosate bloque des processus biochimiques qui permettent à la plante de fabriquer plusieurs acides aminés, briques élémentaires de sa matière organique. Incapable de grandir ou de se défendre, la plante meurt.

Très efficace sur toutes les plantes, peu coûteux, le glyphosate est le pesticide le plus utilisé dans le monde : pour désherber les champs entre deux cultures céréalières, en arboriculture, en viticulture ou encore pour l'entretien des espaces urbains et industriels. En France toutefois, depuis janvier 2019, le glyphosate est interdit dans les espaces publics, tout comme sa vente aux particuliers.

Lire aussi

L'Anthropocène

Le glyphosate est-il dangereux pour la santé humaine ?

Les effets génotoxiques du glyphosate, autrement dit sa capacité à endommager l’ADN, sont controversés. Ce mécanisme à l’origine de différentes pathologies, notamment des cancers, a été mis en évidence par de nombreuses études scientifiques universitaires, mais pas par les études réglementaires.

C’est pourquoi quand, en 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le glyphosate comme « probablement cancérigène pour les humains », la décision a surpris.

Depuis, des agences sanitaires nationales et européennes ont réévalué soit le pesticide soit les formulations à base de glyphosate et ont majoritairement été en opposition avec la décision du CIRC.

Pour renouveler l’autorisation du glyphosate, la Commission européenne s’est basée sur l’analyse de l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) qui a conclu une absence de domaines de préoccupation critiques. Pourtant, une étude de l’INSERM reconnaît une existence de risques pathologiques. Les différences s’expliquent en partie par la nature des éléments étudiés : l’EFSA a pris en compte les études —peu nombreuses et identiques à celles fournies par l’industriel— qui évaluent uniquement le principe actif et non les formulations associant le glyphosate à d’autres produits chimiques. L’EFSA rapporte en outre des lacunes dans les données, notamment une évaluation incomplète des risques alimentaires pour le consommateur.

À ce jour, il n’existe donc aucune preuve absolue que le glyphosate est sans danger pour la santé humaine. On peut donc s’interroger sur une réautorisation pour 10 ans, d’autant plus que cette extension s’octroie classiquement pour 5 ans.

Quel est l’impact du glyphosate sur l’environnement ?

Le glyphosate cible sans discrimination l’ensemble des plantes, sauf si elles ont été modifiées génétiquement pour le tolérer. Résultat : dans les zones agricoles, la flore sauvage s’appauvrit. Par ailleurs, le glyphosate ne se dégrade pas aussi facilement que l’ont vanté ses promoteurs. Une partie des résidus, qui finissent dans les eaux de surface, ont par exemple un impact négatif sur le développement embryonnaire de certains amphibiens. Cet herbicide étant également antibiotique, il nuit aux communautés bactériennes des sols, indispensables à leur fertilité, mais aussi à la flore microbienne des insectes auxiliaires, indispensables à la reproduction des plantes à fleurs (abeilles…) ou des vers de terre. Il convient également de rester vigilant sur le rôle du glyphosate dans la sélection de capacités de résistance aux antibiotiques.

Quelles sont les alternatives au glyphosate ?

Il n’existe pas à l’heure actuelle de produit à la fois aussi performant mais moins nocif que le glyphosate. Les alternatives moins invasives passent nécessairement par un retour à une agriculture plus raisonnée.

Ainsi, le désherbage mécanique pratiqué entre les rangs des vignes et des arbres fruitiers ou encore le recours à des zones enherbées, sont déjà couramment utilisées avec succès. Pour les grandes cultures, le labour entre deux cycles annuels de cultures permet également de se passer de l’usage de désherbants chimiques.

Il existe encore d’autres techniques telles que semer des plantes concurrentes au bon moment pour empêcher le développement des adventices. Toutes ces techniques sont cependant plus complexes à mettre en œuvre ou comportent d’autres inconvénients comme la destructuration du sol par les labours.

Il faut toutefois aussi mentionner que des résistances au glyphosate apparaissent aussi chez un certain nombre de plantes et ne présagent pas d’une utilisation future universelle.

Remerciements à Philippe Grandcolas, Directeur Adjoint Scientifique de l'Institut Ecologie et Environnement du CNRS, directeur de recherche à l'Institut de Systématique, Évolution, Biodiversité (UMR 7205), et à Jean-Baptiste Fini, Professeur du Muséum national d'Histoire naturelle (UMR 7221, Physiologie moléculaire et adaptation), pour leur relecture et leur contribution.

Cet article vous a plu ?

Abonnez-vous à notre newsletter ! Un vendredi sur deux, votre rendez-vous avec des actualités, des dossiers, des vidéos… sur la Terre et le vivant.

Je m'abonne