Découverte

Il était une fois l’histoire des cerfs porte-musc… la phylogénie des Moschidés

25 avril 2017

Micromeryx flourensianus est un cerf porte-musc aujourd’hui éteint. La collection de cerfs porte-musc du Muséum national d'Histoire naturelle est conséquente. En se fondant sur ces restes, et grâce à une bourse SYNTHESYS, Manuela Aiglstorfer, étudiante en post-doctorat au Staatliches Museum für Naturkunde de Stuttgart (Allemagne), se propose de raconter l’histoire de ce groupe zoologique.

Les Ruminants (ou Ruminantia : groupe comprenant les mammifères herbivores tels que les cerfs, les girafes, le bétail, les moutons, chèvres et antilopes) jouent un rôle important en écologie et en économie. Beaucoup d’études scientifiques ont porté sur ces animaux ces derniers siècles. De nos jours, on reconnaît six sous-groupes de Ruminants, parmi lesquels figurent les Moschidés. Ces animaux se caractérisent par leur petite taille, la présence de longues canines supérieures, et sont dépourvus d’appendices crâniens (bois). Le genre Moschus est le seul représentant encore vivant de ce groupe, et il vit en Asie.

La position phylogénétique1 des Moschidés au sein des Ruminants reste encore très mal comprise. Actuellement, ils sont considérés comme appartenant à un clade2 dérivé de Pecora, cousins des Bovidés. Mais malgré des études morphologiques et moléculaires approfondies, leur position au sein des autres familles de ruminants fait toujours l’objet de débats enflammés au sein de la communauté scientifique.

La réponse à ce problème scientifique pourrait se trouver parmi les fossiles.

Pendant le Miocène (-5 à -23 millions d’années), les Moschidés constituaient une famille diverse et largement représentée sur le continent eurasien. Micromeryx flourensianus Lartet, 1851, espèce-type du genre Micromeryx, taxon-clé, en est probablement le plus ancien représentant. Et aussi ahurissant que cela puisse paraître, il n’existe pas de description exhaustive de cette espèce malgré son abondance dans les écosystèmes du Miocène. Les scientifiques manquent donc de données essentielles pour comprendre l’histoire évolutive des Moschidés.

Dans le cadre de son projet de recherche financé par le programme scientifique européen SYNTHESYS, et au travers de l’étude approfondie de la collection des Moschidés du Miocène conservée au Muséum national d'Histoire naturelle, Manuela Aiglstorfer espère combler ce manque de données relatives à Micromeryx flourensianus. Son travail consiste en une étude détaillée de cette espèce, dont de nombreux restes ont été découverts sur la localité de Sansan (Gers, France). En plus de l’étude morphologique de ces fossiles, la jeune chercheuse s’intéresse aux aspects écologiques et aux relations de parenté de l’espèce avec d’autres ruminants, en se concentrant plus particulièrement sur le genre actuel Moschus. L’objectif est de comprendre les prémices de l’histoire évolutive de la famille des Moschidés, de ses relations phylogénétiques, et au final de l’origine du genre Moschus.

Manuela Aiglstorfer est paléontologue, spécialiste des vertébrés. Ses travaux portent principalement sur l’évolution et la paléoécologie des Ruminants. Elle fonde ses recherches sur le registre fossile des mammifères dans leur contexte biostratigraphique et biochronologique. Son objectif est de mieux comprendre les écosystèmes terrestres du Miocène.

Manuela Aiglstorfer a tout d’abord étudié la stratigraphie du Jurassique inférieur et les crocodiles marins du Mésozoïque à la Ludwig-Maximilians-Universität à Munich. Puis elle a réalisé sa thèse de doctorat sur la faune des grands mammifères du Miocène moyen du Gratkorn (-12 millions d’années) à la Eberhard Karls Universität à Tubingen. Pendant sa thèse, elle a tenté de se faire une idée holistique (globale) des grands mammifères herbivores en prenant en compte des mesures isotopiques et des données taphonomiques, auxquelles s’ajoutent la taxonomie fondée sur la morphologie comparative.

Les travaux de Manuela Aiglstorfer au Staatliches Museum für Naturkunde à Stuttgart prennent en considération l’étude de la faune des grands mammifères de Steinheim am Albuch avec un intérêt particulier pour la phylogénie et l’écologie des Moschidés. En outre, elle participe à des projets internationaux sur la répartition des faunes d’Eurasie au cours du Miocène. Ses recherches s’appuient sur des analyses morphométriques classiques du squelette et des éléments dentaires d’une part. D’autre part, elle réalise également des analyses phylogénétiques à l’aide d’outils informatiques et de morphométrie, ainsi que de la géochimie des isotopes.

Notes

1. Phylogénie : étude des liens existant entre espèces apparentées

2. Clade : ensemble des espèces cousines et de leurs ancêtres communs.

Manuela Aiglstorfer sur le terrain © MNHN