Découverte

Connaissez-vous la punaise aux œufs d’or ?

2 novembre 2021

Les comportements maternels sont assez répandus chez les insectes, et peuvent être étonnants. Comme cette punaise qui pond des œufs dorés sur le dos de ses congénères.

Ici, photographiée en macro dans son biotope dans les Pyrénées, cette étrange punaise méditerranéenne gracile de presque 1 centimètre, Phyllomorpha laciniata (Hémiptère Hétéroptère de la famille des Coreidae) et extraordinairement ciselée de multiples expansions épineuses, fait l’objet d’un comportement étonnant. La femelle de cette punaise, qui ne possède pas de différence particulière avec le mâle (légèrement plus petit et encore), pond préférentiellement sur le dos de ses congénères ! Qu’ils soient mâles, femelles, tous les individus se trouvent plus ou moins recouverts de ces fameux œufs dorés qui restent bien collés grâce à une substance adhésive.

L’éclosion des jeunes individus se fait donc sur le corps de ces « parents » porteurs à partir desquels ils gagnent leur plante hôte, la paronyque Paronychia argentea (Caryophyllaceae), où ils vont se développer en quelques semaines.

Pourquoi un tel comportement ?

On pourrait penser que porter les œufs de sa propre espèce rend service à celle-ci en permettant aux œufs de mieux échapper aux prédateurs (mobilité et parfois défense active) et augmenter le taux de survie de la progéniture. En effet, quoi de plus fragile qu’un œuf laissé à son propre sort au sol ou sur une plante où patrouillent tant de prédateurs comme les fourmis ou les voraces carabes, ou encore à des parasites qui veulent s’en servir pour y développer leur propre progéniture (en y pondant à l’intérieur).

Détail d'une punaise méditerranéenne gracile Phyllomorpha laciniata avec plusieurs œufs (au moins six) dont certains éclos. Sur leur surface on peut observer la microsculpture en hexagone.

Détail un individu avec plusieurs œufs (au moins six) dont certains éclos. Sur leur surface on peut observer la microsculpture en hexagone

© R. Garrouste

Des chercheurs se sont posé la question sur cet avantage et ont testé celui-ci face à des prédateurs – des mésanges – en élevage : la punaise porteuse d’œufs est plus mangée que les autres, car, chargée d’un poids supplémentaire, elle est moins apte à la fuite. Peut-être pour contrebalancer cet effet, les femelles pondent aussi sur les plantes-hôtes. Ainsi point d’œufs tous dans le même panier et toutes les solutions sont utilisés : congénères mâles et femelles, plantes-hôtes. De fait, aucune contrainte pour la punaise pondeuse qui a plusieurs choix, y compris en absence de porteur disponible.

Ce comportement permet la meilleure adaptation possible aux conditions de leur environnement (pression de prédation, climat, etc.) au moment de la ponte, comme d’ailleurs le font certaines espèces sociales comme des abeilles sauvages qui peuvent aussi bien faire des nids solitaires que des nids en groupe, se partageant alors les tâches comme le nourrissage. La « socialité facultative » est alors une stratégie adaptative efficace pour s’adapter aux conditions de milieu (en fonction de la disponibilité des ressources, des habitats par exemple).

Les œufs d’or

L’œuf doré de cette punaise est une petite sphérule allongée avec des microsculptures hexagonales, visibles à fort grossissement, qui lui donnent son nom anglais « golden egg bug », porte une livrée reconnaissable qui se fond avec certains reflets des bractées claires, ces feuilles qui ressemblent à des pétales qui entourent les « vraies » fleurs des paronyques, la plante-hôte des punaises aux œufs d’or.

Cette couleur des œufs permet probablement à la fois de signaler aux femelles pondeuses « eh, je porte déjà ma part, ne viens pas m’en rajouter », mais aussi de passer un peu inaperçu pour les prédateurs, et surtout d’avoir une charge compatible avec les possibilités de leur échapper le cas échéant, comme l’expérience avec les mésanges le démontre. Une sorte de compromis, qui reste unique, car cette punaise est la seule à avoir ce comportement de ponte sur n’importe quel congénère, y compris d’autres femelles.

Romain Garrouste, Chercheur à l’Institut de systématique, évolution, biodiversité (ISYEB), Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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