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Au pôle Sud, la banquise atteint un record de fonte

L’été austral touche à sa fin et la banquise antarctique n’a jamais eu aussi chaud : sa superficie est la plus petite enregistrée depuis une quarantaine d’années. Une diminution qui n'est pas sans conséquence pour l'océan et le climat.

1,91 million de km2 : c’est la plus petite étendue de banquise antarctique enregistrée depuis les premiers relevés satellites en 1979.

La banquise est une grande étendue de glace de mer dont la surface augmente en hiver et fond en partie durant l’été. On distingue la banquise pérenne, qui s’est formée sur plusieurs années et reste stable toute l’année, de la banquise saisonnière, dont l’étendue variable croît ou rétrécit selon la saison.

La fin de l’été austral, qui s’étend d’octobre à février, est donc la meilleure période pour mesurer l’étendue de la banquise pérenne et observer l’impact de l’évolution du climat.

Banquise antarctique en été

La banquise en été au large de la station Dumont d'Urville

© MNHN-IPEV

La banquise antarctique se réchauffe

Lorsque les températures augmentent, beaucoup de chaleur est redirigée vers les pôles, par la circulation océanique ou atmosphérique. Cette fonte record peut être due à une concentration de masses d’air chaud apportées par les vents et à un réchauffement de l’océan, lié aux émissions de gaz à effet de serre.

L’Antarctique n’est pas épargné par le changement climatique : en 2022, les pics températures étaient 30 degrés supérieures à la normale saisonnière et la banquise avait déjà connu un record de fonte. La Péninsule antarctique est particulièrement impactée par le réchauffement.

Quelles sont les conséquences de la diminution de la banquise ?

Les pôles sont particulièrement exposés au changement climatique avec le phénomène d’amplification polaire : ils se réchauffent deux à quatre fois plus vite que d’autres régions du globe.

  • Plus la température augmente, plus la banquise se réduit. Sa surface blanche qui permet de réfléchir l’énergie solaire diminue et par conséquent, la mer se réchauffe. Ce réchauffement va aussi freiner la formation de nouvelles surfaces de banquise.
  • La banquise protège aussi la glace « côtière » juste avant le continent et sa calotte glacière. Si elle rétrécit, les glaciers et masses de glaces pérennes seront encore plus exposés aux modifications du climat.
  • La banquise influe sur la température des courants marins et donc sur la régulation du climat à l’échelle de la planète.
  • Contrairement à la fonte des glaciers d’eau douce, la disparition de la banquise n’implique pas directement une élévation du niveau de l’océan puisqu’il s’agit d’une masse d’eau de mer transformée en glace.

Banquise, glacier, calotte glacière...

La banquise est une couche de glace qui se forme à la surface de l’eau, le plus souvent en mer. Elle est moins épaisse que la calotte glacière.

Un glacier se forme sur la terre, il est constitué d’eau douce.

La calotte glacière est un gigantesque glacier d’eau douce.

Iceberg en mer Dumont d'Urville

Iceberg en mer Dumont d'Urville

© MNHN-IPEV

L’Antarctique : un régulateur de chaleur et un puits de carbone

L’Antarctique est une montagne de glace entourée d’un océan froid. Le différentiel de température entre le centre du continent et la côte permet de créer des vents très forts et très froids qui dévalent la montagne de glace et, en atteignant la côte, écartent la banquise et la poussent au large.

Ces vents créent des polynies (zone libre de glace au milieu de la banquise) à la surface desquelles la glace de mer va se former et être repoussée au fur et à mesure qu’elle est formée.

L’eau de mer sous l’effet du vent froid (-30°C) va pouvoir geler (-1,79°C la pression atmosphérique à la surface de la mer) et rejeter son sel : la glace de mer n’est pas salée, c’est de l’eau douce débarrassée de son sel par la congélation.

Ce sel va se dissoudre dans l’eau de mer environnante qui va gagner en densité, perdre en chaleur, et plonger sous les masses d’eau moins denses : c’est l’Antarctic Bottom Water, une masse d’eau qui ventile l’ensemble des bassins océaniques et permet la circulation thermohaline. Cette circulation redistribue la chaleur dans les océans et a un effet sur le climat global.

L’Antarctique est un puits de carbone qui absorberait 40 % du CO2 absorbé par les océans. Une partie de ce carbone pourrait être stocké par le krill et d’autres organismes benthiques (organismes qui vivent au fond de l’eau) présents en très forte abondance sur le plateau continental antarctique.

Le krill

krill d'Antarctique

L’océan Austral constitue l’habitat privilégié de l’une des espèces animales les plus abondantes en termes de biomasse : le krill. Cet animal est au centre du réseau trophique antarctique et permet le maintient d’un grand nombre d’oiseaux, de baleines, de phoques, de poissons, d’invertébrés marins. Or, le krill est dépendant de la glace de mer pour la nutrition des larves pendant l’hiver austral. Si la banquise venait à disparaître, le krill pourrait disparaître et les relations trophiques dans l’océan Austral pourraient être profondément transformées.

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Krill d'Antarctique

© B. Wilks
Carte du courant circumpolaire antarctique

Carte du courant circumpolaire antarctique

© Lesniewski - stock.adobe.com

Antarctique vs. Arctique : quelles différences ?

L’Antarctique est un continent très isolé recouvert de glace dont la calotte peut atteindre jusqu’à 4000 mètres d’épaisseur. L’océan Austral entoure le continent antarctique et est limité au nord par le courant circumpolaire. Ce courant est une barrière écologique forte mais aussi une barrière thermique car il isole l’océan Austral des eaux plus chaudes des autres bassins océaniques.

L’Arctique est un océan entouré de continents. Il n’est pas aussi isolé des autres bassins océaniques que peut l’être l’océan Austral. Il est principalement constitué de banquise et donc encore plus sensible au changement climatique dont on observe les effets depuis plusieurs dizaines d’années.

La banquise antarctique est un habitat essentiel pour la reproduction du krill et des manchots empereur. La réduction de la banquise pourrait à terme avoir des effets négatifs sur les populations de ces espèces.

"L’Antarctique est l’empire des vivants non-humains : il n’y a jamais eu d’habitants ; c’est aussi un continent dévolu à la paix et à la science que personne ne peut posséder en propre et que donc chacun possède. Il est unique et précieux car il donne à voir une autre forme de juridiction."

Marc Eleaume, systématicien, spécialiste des milieux antarctiques

Remerciements à Marc Eleaume, Maître de Conférences au Muséum (UMR7205 ISYEB MNHN-CNRS-UPMC-EPHE), pour sa relecture et sa contribution.

L'Astrolabe arrivant à Dumont d'Urville

© MNHN-IPEV
Organismes benthiques

Organismes benthiques potentiellement puits de carbone, image issues de la campagne CEAMARC 2007-8 en mer Dumont d'Urville

© AAD-MNHN