Publication de la première « Carte affective » du monde vivant

Une équipe de chercheurs vient de publier une cartographie du monde vivant à travers le prisme de nos affects, afin de déterminer dans quelle mesure notre capacité à être en empathie avec d’autres organismes fluctue d’une espèce à l’autre.

Une équipe de chercheurs de l'Institut de systématique, évolution, biodiversité-ISYEB (Muséum national d’Histoire naturelle/CNRS/EPHE/UPMC) et de l’ISEM (Université de Montpellier/CNRS/EPHE/IRD) vient de publier dans la revue Scientific Reports une cartographie du monde vivant à travers le prisme de nos affects. Ce travail de recherche vise notamment à déterminer dans quelle mesure notre capacité à être en empathie avec d’autres organismes et à ressentir de la compassion envers eux, fluctue d’une espèce à l’autre.

Près de 3500 internautes ont participé à un questionnaire en ligne conçu pour évaluer leurs perceptions de type empathique. Ils ont été confrontés à un échantillonnage photographique d’organismes très diversifiés, allant des plantes aux humains. Les résultats mettent en lumière la composante évolutive de nos réactions empathiques et l’emprise des mécanismes anthropomorphiques dans notre rapport affectif au Vivant : plus un organisme est évolutivement éloigné de nous, moins nous nous reconnaissons en lui et moins nous nous émouvons de son sort. Lorsqu’une espèce nous est évolutivement proche (exemple grands singes VS méduses ou anémones), nous partageons avec elles des caractéristiques, notamment physiques, progressivement acquises au cours de notre évolution commune. Ainsi pourrions-nous plus facilement reconnaitre en elle un alter ego, et adopter à son égard les mêmes comportements prosociaux que ceux nous permettant d’entretenir des relations harmonieuses avec nos semblables humains (ex. compassion, altruisme, attachement).

Les résultats de cette étude ont de potentielles implications pour l'anthropologie, les sciences cognitives ou celles de l'évolution. Ils nous invitent également à nous pencher sur l’influence exercée par nos biais sensoriels et émotionnels sur les questions de société impliquant notre rapport au reste du vivant (préservation de la biodiversité, éthique alimentaire, bien-être animal…).

RÉFÉRENCES

Empathy and compassion toward other species decrease with evolutionary divergence time
Aurélien Miralles, Michel Raymond, Guillaume Lecointre. Scientific Reports.2019. DOI à venir

A télécharger : graphique illustrant notre empathie et notre compassion en fonction de notre degré d’apparentement

1.L’empathie correspond à notre capacité à percevoir intuitivement les émotions et les états mentaux d’autrui, tandis que la compassion désigne un sentiment induit par la souffrance d’autrui, associé à la volonté ─ désintéressée ─ d’y remédier.

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