L’expédition de Humboldt et Bonpland en Amérique espagnole (1799-1804)

En 1799, Aimé Goujaud Bonpland, médecin, botaniste et naturaliste rochelais accepte l’invitation du baron prussien, Alexandre de Humboldt, de partir faire une expédition scientifique en Espagne puis en Afrique, suite à leur échec à se joindre aux expéditions scientifiques du général Bonaparte (1769-1821) en Égypte et à celle de Nicolas Baudin (1754-1803) dans la Mer du Sud. Les deux amis qui s’étaient rencontrés à Paris, se dirigent vers Marseille, puis arrivent à Valence en Espagne, avec le projet d’herboriser en Afrique du Nord. Mais la Méditerranée est dominée par les Anglais et ce projet est abandonné également. Par un concours de circonstances, la destination finale de Bonpland et Humboldt fut l’Amérique espagnole. Grâce à sa position sociale, Humboldt avait acquis les faveurs du roi d’Espagne, Charles IV.


De 1799 à 1804 : l'expédition américaine de Humboldt et Bonpland

Malgré leurs origines différentes, Alexandre de Humboldt et Aimé Bonpland sont, tous deux, des hommes des Lumières, en quête de savoirs et de connaissances scientifiques. Ils ont aussi le souci d’une société meilleure et plus juste. Leurs esprits ne se trouvent pas en accord avec les règles qui régissaient les colonies espagnoles, ni avec les censures et des interdits imposés l’Inquisition et par la couronne espagnole aux citoyens nés au sein des colonies, et encore moins avec le système esclavagiste qu’ils ne pouvaient que condamner.

C’est avec une grande lucidité qu’ils observent et analysent ce monde rétrograde sur bien des points, mais qui est aussi ouvert aux idées nouvelles. Le résultat de leur voyage a un impact important en Europe. Leur voyage est comme une seconde découverte du Nouveau Monde et a une part non négligeable dans l’éclosion des mouvements d’Indépendance qui commenceront au tout début du XIXe siècle, peu de temps après leur départ.

Voici un extrait d’une lettre d’Alexandre de Humboldt au rédacteur en chef du journal de Bordeaux, écrite le 24 thermidor an XII (12 août 1804) pendant leur quarantaine, au retour de leur périple américain qui durera 5 ans, citée dans les Lettres américaines de E.T.Hamy (1984) : « Il est connu que je ne suis venu à Madrid l’an 1799 qu’afin d’y solliciter la permission de la Cour pour faire à mes propres frais des recherches dans les vastes colonies soumises à l’Espagne. Cette permission m’a été accordée avec cette libéralité d’idées qui caractérise notre siècle, et à laquelle on doit le progrès rapide des connaissances humaines. Sa Majesté Catholique intéressée au succès de mon expédition a daigné m’honorer de la protection la plus magnanime, et c’est en profitant de cette faveur, qu’elle m’a continuée pendant cinq ans de courses dans l’Amérique espagnole, que j’ai pu faire des observations dont quelques-unes peut-être seront dignes de fixer l’attention des physiciens. ».

Aimé Bonpland et Alexandre de Humboldt partent d’Espagne avec un passeport signé de la main du Roi Charles IV d’Espagne (r.1788-1808).Ils arrivent à la Capitainerie Générale du Venezuela en 1799 où ils étudient la nature : les plantes, la topographie, le ciel… Ils remontent le fleuve Orénoque à la frontière entre les actuels Venezuela et Colombie.

Les étapes de leur parcours :

  • 1799 : Espagne (Corogne et Iles Canaries), Venezuela
  • 1800 : Cuba
  • 1801 : Vice-Royaume de la Nouvelle-Grenade (Colombie, Panamá, Venezuela et Équateur)
  • 1802 : Vice Royaume du Pérou
  • 1803 : Vice Royaume de la Nouvelle-Espagne (Mexique, Amérique centrale, Californie, Arizona, Nouveau-Mexique, Texas et Philippines)
  • 1804 : États-Unis d’Amérique, puis retour en France (Bordeaux)

L'expédition américaine de Humboldt et Bonpland, 1799-1804 CC BY-SA 2.5

Durant leur périple, Humboldt et Bonpland font l’ascension de plusieurs volcans en Équateur : Pichincha, (4784 m), Cotopaxi (5911 m), Antisana (5752 m), Illiniza (5126 m) et surtout le Chimborazo (6263 m), considéré alors comme la plus haute montagne du globe. Outre la conquête des cimes, que Humboldt compare avec la conquête des cieux par Gay Lussac dans une montgolfière, ce qui intéresse Humboldt est l’étude des liens entre les êtres vivants (végétaux et animaux) et la nature (inanimée).

Dans la continuité de Linné et La Condamine, Humboldt ébauche sa théorie de la distribution des plantes en fonction des facteurs environnants et physiques. Le tout est scientifiquement mesuré par Humboldt. Découvrez les fleuves Orénoque et Magdalena ainsi que la carte du Vice Royaume de la Nouvelle-Grenade d’après les relevés de Humboldt (source : BNF Gallica)  :

L’apport de Humboldt et Bonpland dans le domaine de la botanique fut d’une grande importance. Ils ont envoyé plus de 5 800 espèces aux jardins botaniques européens.


1801 : La Nouvelle-Grenade

L'expédition américaine de Humboldt et Bonpland, 1799-1804 - Etape en Nouvelle-Grenade en 1801 CC BY-SA 2.5

Leur séjour dans le Royaume de la Nouvelle-Grenade en 1801 est un véritable événement. Ils sont accueillis en grande pompe par le médecin et naturaliste espagnol José Celestino Mutis qui dirige alors l’Expédition botanique royale de la Nouvelle-Grenade (1782-1808).

Ce passage dans l’actuelle Colombie est le sujet de la carte interactive qui présente les genres d’orchidées présentés dans la publication Nova Generae et Species Plantarum. En Colombie, à partir de leur premier passage dans la vallée de l’Orénoque en 1799 et puis leur traversée du Nord au Sud du pays, depuis Carthagène jusqu’à l’Équateur, ils cueillent plus de quarante orchidées dont une vingtaine est considérée à l’époque comme des genres qu’il faut publier selon le Code international de la nomenclature botanique.

Ce travail, en latin compilé sur 7 volumes illustrés, est mené par Humboldt et Kunth. C’est en effet, Carl-Sigismund Kunth (1788-1850) qui écrit les conclusions de toutes les découvertes scientifiques faites par Humboldt et Bonpland. La collecte d’orchidées est suffisamment abondante pour qu’au total on puisse recenser plus de 20 nouvelles espèces parmi celles qui sont décrites dans les 7 tomes dédiés aux Nova Genera et species plantarum.