Mayulestes ferox, a borhyaenoid (Metatheria, Mammalia) from the early Palaeocene of Bolivia. phylogenetic and paleobiologic implications

Christian de MUIZON
URA 12 du CNRS, Laboratoire de Paléontologie, Muséum national dHistoire naturelle,
8 rue de Buffon, F-75231 Paris cedex 05 (France)







Muizon C. de 1998. - Mayulestes ferox, a borhyaenoid (Metatheria, Mammalia) from the early Palaeocene of Bolivia. phylogenetic and paleobiologic implications. Geodiversitas 20 (1) : 19-`142.


ABSTRACT
Mayulestes ferox is a borhyaenoid marsupial from the early Palaeocene of Tiupampa (Bolivia). The holotype and only known specimen is a partial skeleton which is described and discussed below. Mayulestes ferox is a member of the family Mayulestidae, a taxon which also includes the species Allqokirus australis from the same locality and age, but which is only known by a few isolated molars. Mayulestes and Allqokirus are the two oldest known borhyaenoids. Mayulestes differs from Allqokirus in the morphology and proportions of its molars. A major feature of the molars of both genera is the reduction of the entoconid which is regarded here as a synapomorphy of the Mayulestidae. Mayulestes has the plesiomorphic marsupial dental formula (I5/i4; C1/c1; P3/p3; M4/m4) and its molar morphology approaches the plesiomorphic marsupial cheek tooth pattern. Mayulestes ferox does not have a tympanic process of the alisphenoid, a structure whose presence is generally regarded as a marsupial synapomorphy. Comparison with other borhyaenoid taxa indicates that the lack of tympanic process of the alisphenoid is in fact a plesiomorphic character state for the superfamily, and it is suggested that this feature appeared several times during marsupial evolution. The ear region of Mayulestes bears a conspicuous medial process of the squamosal and there is a shallow cavity (the roof of the alisphenoid sinus) between the foramen ovale and the glenoid cavity, excavated within the squamosal anteriorly, the periotic posteriorly, and the alisphenoid between. The contribution of the squamosal to the roof of the alisphenoid sinus is regarded as the key synapomorphy of the borhyaenoids. Other borhyaenoid synapomorphies are: the loss of the prootic canal, the reduction and the loss of the anterolateral process of the maxilla, and the probable loss of epipubic bones. The postcranial skeleton of Mayulestes is represented by twenty complete or partial vertebrae, a few ribs and most major limb bones. A comparison with living didelphids, Pucadelphys, other borhyaenoids, and several arboreal (or probably arboreal) mammals such as sciurids, tupaiids, procyonids, multituberculates morganucodontids, triconodontids, and Henkelotherium reveals that many features of the postcranial skeleton of Mayulestes are indicative of arboreality. These traits are: probable prehensility of the tail; posterodorsally extended posterodorsal angle of the scapula; anteriorly and distally projected acromion; low tubercles of the humerus; circular shape of the head of the humerus; large size of the epicondyloid ridge and distomedially protruding medial epicondyle of the humerus; deep flexor fossa on the medial side of the olecranon of the ulna; morphology of the McV; great mobility of the hip attested by the shallowness of the acetabulum and the strong development of the femoral trochanters; sigmoid shape of the tibia and morphology of its distal articulation; shape and orientation of the ectal facet of the calcaneum; large size of the peroneal process and, at last, transversely compressed tuber calcanei. Several other features (size of the neural spine and transverse process of the lumbar vertebrae; morphology of the zygapophyses of the last thoracics and lumbar vertebrae; long, anteriorly bent olecranon of the ulna; eversion of the iliac wing; relative depth of the femoral trochlea; flattened distal epiphysis of the tibia; great length of the tuber calcanei) indicate that Mayulestes was a relatively agile, scansorial animal capable of bounding. Mayulestes is regarded as a partially arboreal predaceous mammal capable of bounding and of some relatively fast but short runs. Mayulestes was certainly fairly agile and could have had an ecological niche close to that of weasels or martens, although more arboreal than the former. Several arboreal features of Mayulestes are also found in Pucadelphys, a didelphid marsupial from the same locality. Consequently, this genus is also regarded as partially arboreal, although to a lesser extent than Mayulestes. The fact that the two oldest skeletons of American marsupials denote arboreal habits reinforces the hypothesis that arboreality is probably a symplesiomorphy within marsupials.

KEY WORDS
Marsupialia, Borhyaenoidea, Palaeocene, Bolivia, phylogeny, functional anatomy.


RÉSUMÉ
Mayulestes ferox, un Borhyaenoidea (Metatheria, Mammalia) du Paléocène inférieur de Bolivie. Implications phylogénétiques et paléobiologiques
Mayulestes ferox est un marsupial Borhyaenoidea du Paléocène inférieur de Tiupampa (Bolivie). L'holotype et unique spécimen connu est un squelette partiel comprenant le crâne complet, la mandibule incomplète et la plupart des os des membres, lesquels sont décrits et discutés ci-dessous. Mayulestes ferox est un représentant de la famille des Mayulestidae, un taxon qui inclut également l'espèce Allqokirus australis, provenant de la même localité et du même âge, mais connue uniquement par quelques molaires isolées. Mayulestes et Allqokirus sont les deux plus anciens Borhyaenoidea connus. Mayulestes diffère d'Allqokirus par la morphologie et la proportion de ses molaires. Un caractère important des molaires des deux genres est la réduction de l'entoconide qui est considérée ici comme une synapomorphie des Mayulestidae. Mayulestes possède la formule dentaire plésiomorphe pour les marsupiaux (I5/i4 ; C/c ; P3/p3 ; M4/m4) et la morphologie de ses molaires est proche du patron plésiomorphe des dents jugales de marsupiaux. Mayulestes ferox ne présente pas de processus tympanique de l'alisphénoïde, une structure dont la présence est généralement considérée comme une synapomorphie de marsupiaux. Des comparaisons avec les autres taxons de borhyaenoïdes indiquent que l'absence de processus tympanique de l'alisphénoïde est en fait une plésiomorphie pour la superfamille, et il est émis l'hypothèse que ce caractère est apparu plusieurs fois au cours de l'évolution des marsupiaux. Le squamosal de Mayulestes présente un processus médial bien développé. Dans la région auditive, entre le foramen ovale et la cavité glénoïde du squamosal, on observe une cavité peu profonde (le toit du sinus alisphénoïde), creusée dans le processus médial du squamosal antérieurement, dans le périotique postérieurement et dans l'alisphénoïde entre les deux. La participation du squamosal à la constitution du toit du sinus alisphénoïde est considérée ici comme la principale synapomorphie des borhyaenoïdes. Les autres synapomorphies de la superfamille sont la perte du canal prootique, la réduction et la perte du processus antérolatéral du maxillaire et la perte probable des os épipubiens. Le squelette post-crânien de Mayulestes est connu par une vingtaine de vertèbres partielles ou complètes, quelques côtes, et par la plupart des principaux os des membres. Une comparaison avec les didelphidés actuels, Pucadelphys, les autres borhyaenoïdes et plusieurs mammifères arboricoles (ou supposés arboricoles) tels que les sciuridés, les tupaidés, les procyonidés, certains multituberculés, morganucodontes, triconodontes et Henkelotherium révèle que beaucoup de caractères du squelette post-crânien de Mayulestes (queue probablement préhensile ; angle postéro-dorsal de la scapula étiré postéro-dorsalement ; acromion projeté antérieurement et distalement ; tubercules de l'humérus relativement bas ; forme circulaire de la tête de l'humérus ; grande taille de la crête épiconylienne et projection disto-médiale de l'épicondyle ; profonde fosse des fléchisseurs sur la face médiale de l'olécrâne de l'ulna ; morphologie du McV ; grande mobilité de la hanche attestée par la faible profondeur de l'acétabulum et le développement des trochanters fémoraux ; forme sigmoïde du tibia et morphologie de son articulation distale ; forme et orientation de la facette ectale du calcanéum ; grande taille du processus péronéen et tuber calcanei comprimé transversalement) indiquent un mode de vie arboricole. Plusieurs autres caractères (taille de l'épine neurale et des apophyse transverses des vertèbres lombaires ; morphologie des zygapophyses des dernières vertèbres dorsales et des lombaires ; olécrâne de l'ulna, long et recourbé antérieurement ; éversion de l'aile de lilium ; profondeur relative de la trochlée fémorale ; épiphyse distale du tibia aplatie antéro-postérieurement et grande longueur du tuber calcanei) indiquent que Mayulestes était un animal relativement agile, capable d'adopter une démarche rapide et de faire des bonds. Mayulestes est interprété comme un prédateur partiellement arboricole capable de bonds et de course rapide mais de courte durée. Mayulestes était certainement assez agile et a pu avoir une niche écologique voisine de celle des martres et des belettes actuelles. Plusieurs caractères arboricoles de Mayulestes sont aussi présents chez Pucadelphys, un marsupial didelphidé provenant du même gisement. En conséquence, cette forme est également interprétée comme étant partiellement arboricole, bien qu'à un degré moins poussé que chez Mayulestes. Le fait que les deux squelettes les plus anciens de marsupiaux américains possèdent des caractères liés à l'arboricolie renforce l'hypothèse selon laquelle ce mode de vie est probablement une symplésiomorphie chez les marsupiaux.

MOTS CLÉS
Marsupialia, Borhyaenoidea, Paléocène, Bolivie, phylogénie, anatomie fonctionnelle.




Retour/Back