Les endroits où apparait la lherzolite sont tous situés dans la Zone Métamorphique Nord Pyrénéene. Elle forme des corps - ou massifs - concentrés en groupes. La moitié des 40 massifs de Lherzolite répertoriés dans la chaîne Pyrénéenne est localisée dans le département de l'Ariège. Deux groupes sont distingués : le groupe Prades-Bestiac et le groupe Vicdessos-Lherz. Le dernier groupe, le plus volumineux et le plus intéressant, a été le sujet de nombreuses études depuis Lacroix (1894), en particulier au Muséum.
Le massif de Lherz
Carte géologique simplifiée du site de l'étang de Lherz (Cliquer pour agrandir)
| Légende :
1 - Lherzolites
|
Le corps de lherzolite de l'étang de Lherz, ou Lers, est situé à environ 1200 mètres d'altitude dans les Pyrénées ariégeoises (Photo 5 et 6). Il est souvent réduit à l'état de petits fragments anguleux de quelques centimètres, cimentés les uns aux autres par du calcaire. Cette roche particulière, une brèche dans le langage géologique, a été produite par l'excès de pression causé par le gaz carbonique issu de la décomposition du carbonate de calcium sous l'effet de la température.
Le massif lui-même est constitué essentiellement de la lherzolite qui prend un aspect lité du fait de la présence de fins lits de webstérite à spinelle (photos 1-2 ; voir galerie), ou plus rarement, de bandes métriques de pyroxénites riches en grenats (photo 4). Parfois s'intercalent également des bandes de harzburgites (photo3). Ces bandes, qui peuvent atteindre 20 mètres d'épaisseur, sont facilement reconnaissables sur le terrain par une couleur jaune-orangé, qui contraste avec la patine noir-verdâtre de la lherzolite. Lherzolites et harzburgites sont localement recoupées par des filons de pyroxénites riches en amphiboles, de 30 cm d'épaisseur et par quelques veines de hornblendite (amphibolite) à phlogopite (photos 9-10).
Les péridotites (lherzolite et harzburgite) et les pyroxénites associées ont été fortement déformées au cours de leur remontée des profondeurs. Un aplatissement généralisé des minéraux définit une foliation; l'élongation des grains de spinelle matérialise la linéation minérale. Cette foliation semble presque parallèle au litage. En fait, les lits de pyroxénite sont étroitement plissés, les plis sont généralement petits, asymétriques et isoclinaux (photos 11-12-15). On a pu estimer que ces déformations se sont produites vers 30-40 kilomètres de profondeur, à des températures de l'ordre de 900°C.
A Lherz, les péridotites sont faiblement serpentinisées et présentent des variations dans leur composition, particulièrement dans les proportions du clinopyroxène. Les lherzolites pauvres en clinopyroxènes sont rares et se trouvent uniquement dans les bandes harzburgitiques.
De même, la minéralogie des pyroxénites est variée; elles sont divisées en 4 groupes :
Evolution
du manteau supérieur sous les Pyrénées ariégeoises
![]()
Les nombreux travaux scientifiques réalisés ces vingt dernières années, en particulier au Muséum, ont permis de débrouiller l'histoire géologique de la lherzolite de Lherz. Elle est née dans l'asthénosphère, la couche molle du manteau supportant les continents, il y a environ 2 milliards d'années, à une profondeur d'environ 80 kilomètres. De cette histoire ancienne dérivent en fait toutes les péridotites et sans doute une partie des lits de pyroxénite. Après s'être collées à la frontière de la plaque européenne, les lherzolites ont subi toutes les vicissitudes géologiques des Pyrénées, qui les ont progressivement portées à la surface. Pendant l'orogenèse hercynienne, elles sont situées à une profondeur d'environ 50 kilomètres. Mais c'est pendant la rotation de la péninsule ibérique par rapport à la plaque Européenne, il y a 100 millions d'années, qu'elles vont quitter le manteau. Les mouvements tectoniques le long de la faille nord-Pyrénéenne vont déformer et découper des fragments dans le manteau, de la taille du massif de Lherz, à la manière d'un gigantesque ciseau à bois. Celui-ci va être porté à une profondeur d'environ 30 kilomètres, dans la base de la croûte. Ensuite, la collision à l'Eocène, va porter les fragments du manteau ainsi que les roches de la croûte profonde (granulites) à faible profondeur; l'érosion et le rabotage par les glaciers quaternaires termineront le travail, en dégageant progressivement les roches profondes.
La
lherzolite de Lherz : les profondeurs terrestres au
sommet des Pyrénées ariégeoises
![]()
Actuellement, les 1herzolites sont classées comme des roches éruptives de la famille des péridotites (40-90 % d'olivine ou péridot) renfermant d'importantes proportions de pyroxène, notamment de clinopyroxène (silicate de calcium, magnésium et fer), de couleur vert bouteille. Dans la lherzolite de Lherz, les différents minéraux sont présents dans les proportions suivantes :
| Nom | Minéraux |
| harzburgite | olivine,orthopyroxène (clinopyroxène, spinelle) |
| webstérite à spinelle | clinopyroxène, orthopyroxène, spinelle |
| webstérite à grenat | clinopyroxène, orthopyroxène, grenat, spinelle |
| ariegite (Lacroix 1901) | clinopyroxène, spinelle (orthopyroxène) |
| ariegite à grenat | clinopyroxène, grenat, spinelle |
| clinopyroxénite | clinopyroxène, grenat |
| ariégite à amphibole | clinopyroxène, amphibole, spinelle |
| clinopyroxénite | clinopyroxène, amphibole, grenat |
| hornblendite ("1herzite" de Lacroix, 1917) | amphibole, mica |