Communiqué de presse
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Le Muséum : l’inventaire du patrimoine géologique
Jeudi 5 avril, le Ministère de l’Ecologie et du Développement durable, avec le Muséum national d’Histoire naturelle, le BRGM, la Société Géologique de France et les Réserves naturelles de France ont lancé l’inventaire du patrimoine géologique national au Muséum. Le contexte, la méthodologie et les modalités de réalisation, réunis dans un Vade Mecum, ont été présentés aux différents acteurs de cet inventaire (DIREN, associations, professionnels …).
Cette initiative participe à la politique globale de connaissance du patrimoine naturel conformément à la loi du 27/02/02 relative à la démocratie de proximité et complètera les autres inventaires faunistiques et floristiques. Ces inventaires, sous la responsabilité scientifique du Muséum, expert pour le Ministère, sont accessibles au public sur le site http://inpn.mnhn.fr Plus particulièrement, le Muséum validera les sites sélectionnés en régions par les Conseils scientifiques régionaux pour le Patrimoine naturel.
Pourquoi protéger les sites géologiques ? Contrairement aux espèces biologiques, les éléments géologiques ne se reproduisent pas et la détérioration d’un site occasionne sa perte définitive : conservation et protection de certains sites sont donc essentielles pour comprendre et conserver la biodiversité environnante. En effet géosphère et biosphère, géosystèmes et écosystèmes sont liés. Les écosystèmes actuels ne sont que la dernière image d’un film que le géologue cherche à restituer. L’environnement géologique et l’histoire de la Terre fournissent des indices permettant de comprendre l’évolution de la vie et de la biodiversité actuelle.
Le lancement de l’inventaire est l’occasion de rappeler quelques exemples de recherches géologiques menées au Muséum.
Certains témoins, que l’on trouve dans les plus hauts sommets des Alpes, étaient à l’origine au centre de grands océans. En effet, certaines roches siliceuses que l’on trouve autour du mont Viso sont formées de l’accumulation de microplancton siliceux, les radiolaires, vieux de quelques 160 millions d’années (Photos). Ces microfossiles, véritables bijoux microscopiques (photos radiolaires) en cristal de roche, sont utilisés comme bio-chronomètres par le géologue. Ils lui permettent de dater l’ouverture d’un ancien océan, la Téthys, marquée par des pillow lavas (cf .photos) , et indique qu’à cet endroit l’océan avait une très haute productivité. A cette époque à cet endroit, les radiolaires partageaient l’océan avec les ammonites, les ichtyosaures… alors qu’à terre grondaient les dinosaures (contact : P. De Wever) .
Dans une autre chaîne française, les Pyrénées, un site remarquable a donné son nom à une roche de renommée mondiale : la lherzolite (photo) . Ce site de Lherz, (photo) mérite protection car on peut s'y promener sur un morceau du manteau terrestre, habituellement enfoui à des dizaines de kilomètres de profondeur. On y retrouve conservées 2 milliards d'années d'archives de l'histoire géologique qui a façonné les Pyrénées. Décrypter ces archives au travers de l'étude des minéraux de la lherzolite, c'est un des objectifs d’une équipe de minéralogistes du MNHN (contact : Jean-Pierre Lorand).
L’échelle des temps géologiques est basée sur une succession de faunes différentes. Un ensemble de couches représente une période de temps donné. Les sites où affleurent ces couches ont servi de porte-noms à des étages géologiques. Le Lutétien (40/49 millions d’années) a été décrit dans la région de Paris (Lutetia). L’association de fossiles qui caractérise cet étage est d’autant plus intéressante qu’elle représentait à l’époque ce qu’on appelle aujourd’hui un « point chaud » de la biodiversité (contact : Didier Merle) (photos)
Toutes les photos qui suivent sont libres de droit pour cet événement.
Pillow lavas : Montgenèvre, Alpes
Les pillow lavas (oreillers de lave) se sont formés lors d’éruptions volcaniques sous marines. Ceux –ci, photographiés dans la région du Montgenèvre, vers 2000m d’altitude, se sont formés il y a quelques 160 millions d’années, sous quelques 2000 m d’eau … Ils témoignent que l’océan téthysien était en train de s’ouvrir à cet endroit. Entre les pillows (les formes arrondies) du sédiment a parfois été piégé, livrant des restes de plancton marin : les radiolaires ; qui permettent de les dater © De Wever/MNHN.
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Radiolaires :
Ces squelettes de plancton marin sont constitués de cristal de roche. Leur taille microscopique (environ 0,2 mm) ne permet pas de les observer facilement sur le terrain, néanmoins ces bijoux microscopiques servent de chronomètre au géologue © De Wever/MNHN.
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Lherzolite
Cette roche constitutive du manteau terrestre , tranchée très finement (0,03 mm d’épaisseur) devient transparente. Observée au microscope elle évoque un magnifique vitrail dont les couleurs sont dues au minéraux constitutifs (pyroxènes, olivine …) © JP Lorand, MNHN

Etang de Lherz, Pyrénées ariégeoises.
Autour de cet étang affleurent des roches qui sont habituellement inaccessibles car elles sont constitutives du manteau terrestre. Cette région est un "lithotype ", c'est-à-dire qu’elle est le porte nom de cette roche, nom utilisé dans le monde entier © L DeWever.

Lutétien
Conus. les fossiles du Lutétien (ici des cônes), sont remarquablement conservés en dépit de leur âge mégacanonique (env. 40 millions d’années). Ils sont de ce fait recherchés par les amateurs de fossiles. Ces fossiles sont très abondants dans le Bassin de Paris qui était alors un point chaud de biodiversité (© Destarac, MNHN)

Cet échantillon, appelé « pierre à liards » doit son nom à son contenu : ces restes de fossiles évoquent le liard, ancienne monnaie de cuivre en usage en France, démonétisé au milieu du 19ème siècle. Le nom de ces fossiles est lui aussi tiré de leur ressemblance avec des pièces de monnaies: des nummulites (nummulus = petite monnaie) . © Destarac, MNHN

Autres photos
Vieille plage perchée basculée, pétrifiée
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Deux générations de plages se côtoient. A Camaret (Bretagne), une promenade sur la plage permet d’observer des structures ondulées sur la plage de sable, dues aux mouvements de l’eau en marée descendante. Les falaises montrent les mêmes types de structure : elles témoignent qu’une plage existait à cet endroit précisément il y a quelques 460 millions d’années, mais entre temps cette ancienne plage s’est lithifiée, a été chiffonnée lors de la formation de 2 chaînes de montagne successives … Il est presque miraculeux de la retrouver aujourd’hui, et tout à fait extraordinaire de la voir sur une plage actuelle © De Wever/MNHN |
Stromatolithe
Ce petit bloc de 10 cm, est une construction stromatolithique «de poche»*. D’apparence banale il n’en renseigne pas moins sur les conditions de l’environnement qui prévalaient à cet endroit (Limagne bourbonnaise) il y a quelques 30 millions d’années. Ce calcaire a été formé par l’activité vitale d’organismes microbiens qui sont les plus anciens représentants de la vie su Terre (ils existent depuis plus de 3 500 millions d’années). C’est grâce à ces organismes qu’il y eut un jour de l’oxygène dans l’air. © De Wever/MNHN
* certaines structures sont moins modestes et atteignent près de 10 me de haut.

Gouttes de pluie.
Des traces rondes sur une caillou de 150 millions d’années…. Ce sont des impacts de gouttes de pluie ! Age largement antédiluvien, traces fragiles, instant fugace, mais événement enregistré. On imagine combien ces témoins sont rares et quand ils existent combien ils méritent d’être protégés. © De Wever/MNHN

Grenat
L’échantillon montré (non illustré ici) est un gros cristal de grenat de couleur rose pâle, qui semble se fracturer et qui contient de petits grains d’apparence un peu grasse. Ce sont des grains de quartz. Plus exactement, il s’agit d’une variété de quartz: la coésite. Cette variété a la même composition chimique (SiO2) mais une structure cristalline plus compacte. (De même que le diamant est une structure très haute pression du banal graphite fait de carbone). Cet échantillon témoigne que la partie des Alpes dans laquelle il a été découvert est descendue à près de 100 km de profondeur. On a réussi par ailleurs à dater cette roche, identifier les minéraux, leurs équilibres etc. L’ensemble des informations ainsi obtenues permet de restituer son histoire : cette partie des Alpes alors qu’elle a été emmenée très profondément remonte, tel un ludion, à une vitesse vertigineuse de près de 5 cm par an , ce qui à l’échelle géologique est impressionnant!
GLACIATION «Drop stone»
Dans les sédiments laminés que l’on peut observer sur la côte de Bretagne occidentale (presqu’île de Crozon) se distinguent quelques petits galets. Une observation minutieuse montre que ces galets déforment les couches sous-jacentes qu’ils impactent. Ces galets ont été relâchés par des icebergs à la dérive et en train de fondre sous lesquels ils s’étaient accrochés alors que le glacier raclait le fond de son lit rocheux. Ce sont des témoins de la grande glaciation qui a marqué cette époque il y a 444 millions d’années en même temps que le monde vivait une terrible crise de biodiversité © De Wever/MNHN

Trilobites
Les trilobites sont des arthropodes apparus au début de l’ère Primaire (vers 550 millions d’années) et disparus à la fin de cette ère (250 millions d’années). Parfois très fréquents, ils sont très prisés par les amateurs de fossiles. Il est donc souvent nécessaire de les protéger. Dans certains régions (Montagne Noire) ils sont parfois très nombreux et de taille impressionnante (plus de 20 cm). © De Wever/MNHN
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Des vignobles de Saint-Chinian les utilisent comme marque de terroir.
Bassin basculant de charbon
D’anciennes carrières de charbon du Sud de la Montagne Noire (Craissessac) laissent voir des troncs d’arbres parfaitement conservés, témoins précieux de la flore de l’époque (Carbonifère 300 millions d’années). Certaines de ces carrières ont été rebouchées ou talutées pour respecter les normes de sécurité requises par la DRIRE.
La photo montre une ancienne carrière de charbon à ciel ouvert. Des niveaux plus clairs sont intercalés, ce sont des bancs de grès. Leur structure témoigne qu’au moment de la sédimentation des plantes, qui allaient donner le charbon, le bassin s’enfonçait, et surtout qu’il s’enfonçait plus rapidement sur la droite de la photo que sur la gauche. Que cet ensemble disparaisse ou soit rendu invisible, et il devient impossible de reconstituer cette histoire. Tout comme l’arrachage de quelques pages d’un livre d’Agatha Christie ne permet plus de retrouver le meurtrier. © De Wever/MNHN
