Rio+20 enjeux économiques de la biodiversité
Conférences données à l'occasion du Sommet de la Terre en 2012, Rio +20 les 16 avril, 23 avril, 7 mai, 14 mai et 21 mai 2011.

L'évaluation économique des services liés à la biodiversité : enjeux, méthodes, résultats
Bernard Chevassus-au-Louis

Nous présenterons dans un premier temps les différentes raisons qui amènent à vouloir fournir des valeurs économiques pour la biodiversité, tant au niveau macroéconomique que microéconomique. Nous montrerons ensuite comment relier les notions de biodiversité et de services écologiques, en insistant sur la complexité de ce lien.
Après avoir présenté les méthodes utilisables pour fournir des valeurs monétaires, nous donnerons quelques exemples concrets, en développant le cas des forêts tempérées. Enfin, nous discuterons de l'utilisation possible de ces travaux, des débats autour de cette approche économique et du nécessaire encadrement des éventuelles transactions qui pourraient être mises en oeuvre.

Bernard Chevassus, L’évaluation économique des services liés à la biodiversité : enjeux, méthodes, résultats [Réal. Pôle multimédia, © MNHN]
Le « coût de l'inaction politique » : l'évaluation économique peut-elle influencer nos décisions ?
Yann Laurans, chercheur associé, Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI),

L'évaluation économique de la biodiversité est vue par certains comme un moyen à développer pour faire prendre conscience de l'importance de sa préservation. À la suite notamment du rapport Stern sur ce que coûterait à la planète de ne rien faire contre le changement climatique, des évaluations de ce type se sont succédé sur la biodiversité. Le « Coût de l'Inaction Politique » est versé au débat : qu'avons-nous à perdre à ne pas réagir contre l'érosion continue de la biodiversité ?

La communication présentera quelques résultats de ce type, et en discutera la signification et la portée. Comment l'évaluation économique de la biodiversité peut-elle faire changer les choses ? Comment s'en servir ? Quelles sont les perspectives ?

Yann Laurans, Le « coût de l’inaction politique » : l’évaluation économique peut-elle influencer nos décisions ? [Réal. Pôle multimédia, © MNHN]
Le rôle économique de la grande faune (santé, alimentation, tourisme)
Sabrina Krief, primatologue

Parmi les enjeux économiques associés à la biodiversité, la grande faune et sa conservation ont des rôles majeurs à jouer en termes de tourisme, de santé et d¹alimentation. Le tourisme de vision des grands mammifères, conduit de façon raisonnée, est une source potentielle de développement local et de lutte contre la pauvreté et l¹inégalité pour les communautés voisines et représente, pour les gouvernements, un argument convaincant en faveur de leur préservation. On peut attendre aussi des bénéfices économiques liés au suivi sanitaire de la grande faune : des travaux scientifiques sur les grands mammifères permettent aujourd¹hui de mieux connaître les potentiels agents pathogènes transmissibles aux animaux domestiques et aux hommes mais aussi de guider les recherches en pharmacognosie. Enfin, la grande faune, consommée (chassée, braconnée ou élevée), est source directe de protéines et les activités autour de la chasse des grands mammifères génèrent des revenus. Dans son habitat naturel, la grande faune contribue aussi au maintien des ressources alimentaires végétales par la dispersion des graines et les fonctions d¹espèces parapluie de ses représentants. Les menaces, qui pèsent aujourd¹hui sur l¹habitat et la survie de ces espèces, compromettent des sources de revenus nécessaires aux communautés humaines et un patrimoine naturel, souvent inégalable.

Sabrina Krief, Le rôle économique de la grande faune (santé, alimentation, tourisme) [Réal. Pôle multimédia, © MNHN]
La valeur économique et culturelle des produits forestiers non ligneux
Serge Bahuchet, ethnobiologiste

Serge Bahuchet, La valeur économique et culturelle des produits forestiers non ligneux [Réal. Pôle multimédia, © MNHN]
La vie dans les océans, biodiversité et ressources
Gilles Boeuf, Laboratoire Arago, Président du Muséum

Les océans recouvrent aujourd'hui 71 % de la surface de la Terre et constituent le plus grand volume offert au vivant sur la planète « bleue ». Ils abritent plus de 235 000 espèces vivantes décrites. Ceci représente quelques 13 % des espèces connues actuellement sur le globe mais les biomasses marines peuvent être considérables. Par exemple, les bactéries marines représentent à elles-seules plus de 10 % de toute la biomasse carbonée du globe, le phytoplancton plus de la moitié de la productivité. Par ailleurs, si la diversité spécifique est plus faible que sur les continents, la diversité en termes de grands groupes est bien plus importante en mer. Ainsi 12 des grands phyla animaux (sur les 31 répertoriés) sont apparus dans l'océan et n'en sont jamais sortis. Les échinodermes (étoiles, oursins, concombres de mer...) en sont un bon exemple. La Vie est apparue dans les océans il y a plus de 3 800 millions d'années et il s'y est produit des événements déterminants pour le Vivant, de l'apparition du noyau de la cellule au développement de la sexualité, en passant par la « pluricellularité » et la capture de bactéries qui deviendront, par symbioses, des organites, éléments-clés de la cellule. La sexualité aussi y a trouvé son origine.

Cette diversité spécifique et l'ancestralité des caractères ainsi que des schémas d'organisations et de comportements originaux ont fait des organismes marins d'excellents réservoirs pour y identifier et en extraire des molécules d'intérêt pharmacologique ou cosmétique (plus de 25 000 aujourd'hui) et/ou en faire des modèles d'étude particulièrement pertinents en recherche, tant fondamentale que finalisée. Les relations entre océan et santé publique sont de divers ordres, tant physiques, chimiques que biologiques ou physiologiques. Certains modèles marins ont été à la base de découvertes essentielles en Sciences du vivant et à l'origine de l'obtention de Prix Nobel de physiologie et de médecine : de la découverte de la phagocytose, au choc anaphylactique en passant par la transmission de l'influx nerveux, les bases moléculaires de la mémoire, la découverte de la molécule-clé des cancers, la mise en place des yeux, le rôle des récepteurs membranaires aux neurotransmetteurs, les bases du système immunitaire spécifique, la protéine fluorescente verte de méduse...

Les milieux aquatiques fournissent à l'humanité des ressources renouvelables pour plus de 160 millions de tonnes (année 2010), pêche et aquaculture réunies, tous groupes confondus. Ces ressources sont également très menacées aujourd'hui et la FAO estime à 76 % l'ensemble des stocks pleinement exploités ou surexploités. Les écosystèmes sont altérés, dégradés, pollués, des espèces allochtones introduites partout (ballastage des grands navires par exemple) et le changement climatique ne va rien arranger. L'aquaculture, celle soucieuse des lendemains, sans destruction des environnements côtiers et pollution inconsidérée, complémentaire de la pêche, est-elle développée ? La biodiversité, si indispensable pour l'avenir de l'humanité, est bien menacée : de quoi sera fait le futur et quelle Terre, quels océans laisserons-nous à nos enfants ?

Gilles Boeuf, La vie dans les océans, biodiversité et ressources [Réal. Pôle multimédia, © MNHN]
La biodiversité dans l'économie verte ?
Jean-Philippe Siblet, directeur du Service du Patrimoine Naturel, Muséum

L'économie verte est un des grands thèmes du sommet mondial de Rio+20. Malgré son titre, l'économie verte ne s'intéresse qu'assez marginalement à la diversité biologique. A l'inverse de l'énergie, la biodiversité n'est ni une ressource fossile ni renouvelable sans conditions. Guidées par le modèle économique en cours, nos sociétés traitent la biodiversité comme une ressource minière dans laquelle on peut puiser. Quand on constate qu'elle se raréfie, on cherche à lui donner un prix, en proclamant que cela la sauvera. En réalité, notre économie est totalement incapable de gérer ces questions. Les mesures prises jusqu'alors sont, pour la plupart, fondées sur l'idée qu'il faut conserver l'existant et stopper le mouvement. Mais la biodiversité change et évolue constamment. Tout comme un être vivant, une bicyclette ou une planète sur son orbite, elle ne trouve son équilibre que dans le mouvement. Congeler la biodiversité l'amènerait à sa perte. Aujourd'hui, l'économie, verte ou non, ne traite que de biens consommables. Elle n'est pas en mesure de gérer seule une telle situation. C'est pourquoi, si nous avons besoin d'une économie verte fondée sur l'utilisation durable des ressources naturelles, une telle économie n'aura aucun impact sans une politique verte, impliquant les Etats et des instances internationales fortes. En parlera-t-on à Rio ?

Jean Philippe Siblet 20 juin 2012 [Réal. Pôle multimédia, © MNHN]
La biodiversité et nous : si on s'en préoccupait vraiment ?
Robert Barbault, directeur du département Ecologie et Gestion de la Biodiversité au Muséum national d'Histoire naturelle et professeur à l'Université Pierre et Marie Curie

La biodiversité, tissu vivant de la Terre, nous concerne intimement. On y puise nourriture, médicaments, et autres ressources. C'est notre berceau, notre cadre de vie, notre « famille »... et pourtant, on continue de la détruire sans vergogne : Jean Dorst l'écrivait déjà en 1965 dans son célèbre « Avant que nature meure » aujourd'hui réédité. Mais l'espoir n'est pas perdu : à Rio de Janeiro, un Sommet planétaire se penche enfin sérieusement (?) sur la question stratégique d'une possible gouvernance mondiale de l'environnement. Un enjeu de civilisation.

Robert Barbault 21 juin 2012 [Réal. Pôle multimédia, © MNHN]
Hommage à Jean Dorst Présentation de l'ouvrage « Avant que nature meure »
Yves COPPENS, Professeur honoraire au Collège de France
et Robert BARBAULT, directeur du département Ecologie et Gestion de la Biodiversité au Muséum national d'Histoire naturelle et professeur à l'Université Pierre et Marie Curie

À l'occasion de Rio+20, le Muséum national d'Histoire naturelle et les éditions Delachaux et Niestlé rééditent l'ouvrage de Jean Dorst Avant que nature meure. Publié pour la première fois en 1965, réédité 5 fois, il fut traduit en dix-sept langues. C'est le livre auquel Jean Dorst tenait le plus. « Je l'ai écrit », disait-il, « avec une froide objectivité mais aussi avec tout mon coeur ... ».

Avec Pour que nature vive, Robert Barbault prolonge ce récit écologique. Il confirme la réalité de la crise de la biodiversité et en précise l'ampleur et les modalités, à la lumière des faits... et des analyses de Jean Dorst. Il s'attache ensuite à souligner l'ample mobilisation qui s'est déployée depuis les années 1970, et ouvre la perspective - encore utopique, mais qui s'enracine - de cette réconciliation avec la nature, dans un esprit de solidarité écologique et sur la base d'une éthique de la biosphère.

Jean Dorst 21 juin 2012 [Réal. Pôle multimédia, © MNHN]


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