N° 07 - Avril 2009 : Année Darwin - Le Muséum national d’Histoire naturelle, partenaire français du projet Evolution Megalab


Le contexte
Evolution Megalab est un ambitieux projet lancé à l’occasion de l’année Darwin par l'Open University en Grande-Bretagne, et dirigé par le professeur Jonathan Silvertown. Il s’agit d’une étude à l’échelle européenne de la façon dont les facteurs environnementaux influent sur la sélection de caractères morphologiques chez deux espèces d’escargots communs. Sa grande originalité est de faire participer le grand public à la collecte des données et d’associer observatoire de biodiversité et collections. En novembre dernier, les coordonnateurs britanniques de l’Evolution Megalab ont contacté au Muséum Philippe Bouchet (Département Systématique et Evolution), en tant que spécialiste des mollusques, et Romain Julliard, (Département Ecologie et Gestion de la Biodiversité), en tant que spécialiste des suivis de biodiversité, afin de trouver un relais en France. Il a alors été décidé d’associer le Muséum à cette étude, dans le cadre de l’année Darwin.
La question
Deux espèces d’escargots communs, les escargots des jardins Cepaea nemoralis et Cepaea hortensis, se rencontrent dans une grande partie de l’Europe. Leur coquille présente une grande variété de couleurs et d’ornementations (bandes spirales) déterminées génétiquement.
Les proportions des différents types de coquilles varient selon les lieux, et de nombreuses études ont rattaché ce polymorphisme à des caractéristiques de l’environnement telles que la pression de prédation par les grives musiciennes, le couvert végétal ou la température moyenne. A l’instar de la drosophile, les Cepaea sont devenus un sujet d’étude privilégié en génétique des populations, et constituent un matériel idéal pour étudier l’impact des modifications de l’environnement sur une espèce. Aujourd’hui, les populations de grives sont en déclin dans de nombreuses régions, et le climat se réchauffe : ces variations environnementales ont-elles des répercussions sur les populations d’escargots ?

Comment les variations environnementales influent-elles sur la coloration des coquilles d’une espèce d’escargot ? Le projet Evolution Megalab tente de répondre à cette question en faisant appel à des réseaux de volontaires dont les observations seront confrontées aux données historiques conservées dans les muséums.
La méthode
Evolution Megalab se propose de répondre à cette question en lançant une étude de grande ampleur impliquant des scientifiques et le grand public. Il s'agit d'étudier la répartition à l'échelle européenne et au cours du temps des différents phénotypes chez les deux espèces de Cepaea : couleur, présence/absence de bandes, nombre de bandes. La répartition passée des différents phénotypes sera basée sur l'étude de spécimens conservés dans les collections des muséums. La répartition actuelle repose sur la participation du public : les personnes intéressées sont invitées à relever les patterns observés près de chez elles et à envoyer leurs observations par internet (http://www.evolutionmegalab.org/).
Répartition actuelle
Le Muséum coordonne depuis plusieurs années des suivis de la biodiversité commune en France, basés sur des réseaux d’observateurs volontaires (programme Vigie-Nature). En particulier, l’Observatoire des Papillons des Jardins, lancé en 2006 avec l’association Noé Conservation, propose au grand public d’effectuer des comptages mensuels de papillons dans les jardins. Ce réseau, fort de plus de 3500 observateurs répartis dans toute la France, sera sollicité au début de la saison d’observation 2009 pour collecter des données sur la répartition actuelle des patterns de coloration des escargots des jardins.
Répartition passée
Les collections du Muséum abritent une gigantesque collection de coquilles de Cepaea, constituée par un ancien correspondant du Muséum, Maxime Lamotte, qui était professeur à l’ENS, écologue et généticien. M. Lamotte a dirigé de nombreux travaux sur la sélection chez les Cepaea dans les années 1950 à 1970, et a constitué une collection de plusieurs centaines de milliers de coquilles de Cepaea de toute la France, hébergée aujourd’hui par le Muséum.
La systématique des Cepaea d’Europe occidentale est aujourd’hui bien connue, et cette collection n’a pas d’utilité en taxonomie (à tel point qu’elle a été récemment déménagée à la Ferté-Gaucher pour libérer de la place à la zoothèque). Pourtant, avec quelques autres collections de moindre ampleur, mais parfois plus anciennes, elle constitue aujourd’hui une véritable fenêtre sur la répartition passée des différents types de coquilles. A ce titre, la collection Lamotte représente un outil irremplaçable pour des projets comme l’Evolution Megalab, à condition d’être cataloguée et informatisée. Ce projet est donc l’occasion de montrer la pertinence des collections dans des disciplines qui les utilisent peu traditionnellement, comme l’écologie ou la génétique des populations.

Un compactus entier de la zoothèque est nécessaire pour abriter la collection Lamotte.
Contacts
Estelle Merceron - Tél : 01 40 79 54 40 - Courriel : merceron@mnhn.fr

Benoît Fontaine- Tél. : 01 40 79 80 09 - Courriel : fontaine@mnhn.fr
UMR 5173 - Conservation des espèces, suivi et restauration des populations
Département Ecologie et Gestion de la Biodiversité
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