Publication dans la revue " Science " du 15 décembre 2006. La mission spatiale Stardust a rapporté sur Terre de la matière solide provenant de la comète Wild 2 afin de soumettre à des analyses d'une précision jusqu'alors inégalée, des échantillons d'une des matières les plus primitive du système solaire (http://stardust.jpl.nasa.gov/). Stardust est la première mission de retour d'échantillons extraterrestres depuis les missions Apollo. Il s'agit d'une mission Discovery de la NASA lancée le 7 février 1999 à partir Cap Kennedy (Floride). Le 2 janvier 2004, la sonde est passée à 236 km du noyau de la comète Wild 2 avec une vitesse relative de 6.1 km/s. Les poussières de la queue de la comète ont été piégées dans un matériau spécialement étudié et fabriqué pour ces opérations : l'aérogel. Le 15 janvier 2006, la capsule contenant le collecteur de Stardust a rapporté sur Terre les échantillons dont environ un millier de grains de poussière cométaire d'une " taille " supérieure à 5 µm (microns). Plusieurs laboratoires français ont été sélectionnés par la Nasa pour faire partie des équipes du PET (Preliminary Examination Team), mis en place pour une 1ère investigation " rapide " des échantillons. Le " Consortium " soutenu par le Centre national d'études spatiales (CNES) est coordonné par François Robert (Muséum national d'Histoire naturelle - Paris) et Louis d'Hendecourt (Institut d'Astrophysique Spatiale - Orsay) et rassemble 5 équipes françaises. Ces laboratoires ont relevé de nombreux défis technologiques pour caractériser dans le domaine de la minéralogie et de la géochimie des grains dont la taille excède rarement 10 µm.
Jusqu'à maintenant, la composition des comètes n'était connue que par les analyses spectroscopiques effectuées à partir du sol ou de survols assez lointains. Les grains rapportés serviront à établir un premier inventaire minéralogique, chimique et isotopique des éléments qui constituent ces corps. Ces résultats serviront à évaluer la contribution des comètes à la formation de la Terre et de son atmosphère. La comparaison avec les collections de poussières interplanétaires déjà recueillies ou de micrométéorites permettra de mieux comprendre la diversité des échantillons que la Terre reçoit.
Ces mesures apporteront des éléments de réponse à de nombreuses questions. - Les grains qui constituent les comètes ont-ils été irradiés par d'autres étoiles avant la formation du système solaire ? - Les premiers minéraux du système solaire étaient-ils cristallisés ? - De l'eau liquide a-t-elle circulée dans les comètes ? - Le système solaire est-il " bien mélangé " ainsi que le prédisent les modèles théoriques : les grains formés ou transformés à proximité du Soleil ont-ils été transportés aux confins du Système Solaire ? - Quelle est l'origine de la matière organique des comètes : solaire ou interstellaire ? - Les comètes renferment-elles les sources moléculaires de la Vie ?
Cette mission fut une réussite technique et une prouesse spatiale. Déjà de nombreuses équipes françaises se préparent à répondre, avec les soutien de organismes nationaux, aux appels à proposition de l'agence spatiale américaine, pour approfondir les analyses déjà effectuées et s'attaquer à l'étude des grains interplanétaires. Au Muséum, l'équipe de François Robert, s'intéresse plus particulièrement aux compositions isotopiques des éléments légers. Ces compositions seront mesurées à la sonde ionique NanoSims permettront de mieux comprendre les relations entre les molécules organiques interstellaires observées aujourd'hui et le contenu des comètes formées il y a 4,5 milliards d'années.