Les Collections du
Musée de l'Homme
Cette note a été rédigée par un collectif pour la rénovation du Musée de l’Homme. Elle est datée du 22 juillet 1996.
Elle a été présentée à la Commission culturelle du Sénat en septembre 1997
Introduction
Le patrimoine recueilli et conservé parfois depuis près de quatre siècles au Muséum national d'histoire naturelle constitue une prestigieuse collection anthropologique, ethnographique, préhistorique et archéologique. A côté d'oeuvres et de témoignages de la culture matérielle des peuples de la préhistoire et des cultures humaines préindustrielles, destinées à être exposées dans les galeries publiques ou dans le cadre d'expositions temporaires thématiques, un important matériel de recherche et d'enseignement est conservé dans les réserves.
Ces collections résultent d'achats, d'échanges, de legs, de donations et se trouvent en permanence enrichies par les missions sur le terrain des chercheurs attachés au Muséum. La qualité et l'importance de ces collections ont contribué à donner au musée de l'Homme sa notoriété dans
le monde.
I - COLLECTIONS D'ANTHROPOLOGIE PHYSIQUE - HOMMES ACTUELS
II - COLLECTIONS DE PALEOANTHROPOLOGIE - HOMMES FOSSILES ORIGINAUX
III - COLLECTIONS DE PRÉHISTOIRE : OUTILS LITHIQUES, OUTILS OSSEUX, PARURES, ART MOBILIER, RELEVÉS D'ART RUPESTRE
IV - COLLECTIONS D'ARCHÉOLOGIE ET D'ETHNOLOGIE
1- L'héritage des cabinets de curiosités des rois de France et des cabinets d'histoire naturelle
2- Les collections venant des Expositions universelles et des Expositions coloniales
3- Les missions, les dons et legs, les acquisitions
Afrique subsaharienne
Afrique du Nord et Proche-Orient
Madagascar - Océan Indien
Asie du Sud-Est continentale et d'Extrême-Orient
Insulinde
Inde, Tibet, Himalaya
Pays musulmans d'Asie
Sibérie
Europe
Amérique
Arctique
Océanie
V - COLLECTIONS D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE ET LES ARCHIVES SONORES
VI - COLLECTIONS DE LA BIBLIOTHEQUE
VII - COLLECTIONS DE LA PHOTOTHEQUE
|
I - Collections d'Anthropologie Physique - Hommes Actuels |
Les collections d'anthropologie physique constituées en séries organisées apparaissent à la fin du XVIII ème siècle et connaissent un essor très important au milieu du XIX ème. Leur présentation dans la galerie d'anthropologie du Muséum puis au musée du Trocadéro servait alors à démontrer les conceptions monogénistes des professeurs Quatrefages, Hamy, puis Verneau, qui considéraient, contre les polygénistes, qu'il y avait unité de l'espèce humaine dans le temps - des hommes fossiles aux hommes actuels - comme dans l'espace, quelles que soient les variétés constatées.
Présentées dans le cadre du musée de l'Homme jusqu'au début des années 80, ces collections ne sont plus montrées dans les salles publiques et sont conservées dans les réserves du musée. Les nouvelles techniques d'investigation microscopique et biologique (techniques d'amplification des restes d'ADN notamment) leur confèrent aujourd'hui un regain d'importance dans le cadre de travaux de paléoanthropologie et d'étude des phénomènes de peuplement, travaux complémentaires de la linguistique, de l'archéologie et de l'ethnoarchéologie.
A côté de ces très importantes collections d'anthropologie physique, le musée de l'Homme conserve également des objets-témoins de pathologie osseuse, des moulages humains comme celui de la Vénus Hottentote, la collection phrénologique de Gall, une série de déformations et de préparations rituelles (crânes déformés de Péruviens et de Toulousains, têtes réduites, crânes surmodelés), des momies égyptiennes, guanches et péruviennes, ainsi que de quelques pièces anatomiques en bocaux.
Il possède en outre 300 pièces zoologiques, dont une collection de squelettes de primates, et la collection de comparaison Regalia.
Il conserve également les instruments de mesure appartenant à la collection Broca, qui témoigne de l'anthropologie physique du XIX ème siècle.
Citons encore la magnifique collection des sculptures ethnographiques polychromes de C. Cordier.
|
II - Collections de Paléoanthropologie - Hommes Fossiles Originaux |
Le musée de l'Homme est le musée le plus riche du monde en restes humains fossiles:
- Homo Erectus et anténéandertaliens: Fontéchevade, Montmaurin (France); Ternifine (Algérie); Rabat (Maroc).
- Néandertaliens célèbres: La Chapelle-aux-Saints, La Ferrassie, La Quina, Malarnaud, Pech de l'Azé en France...
- Homo sapiens archaïques: Qafseh (Palestine).
- Hommes modernes: Afalou et Mechta-el-Arbi en Algérie, Taforalt et Dar-es Soltan au Maroc, Ain Meterchem en Tunisie, Cro-Magnon, l'Abri-Pataud en France, Cavillon à Grimaldi en Italie,...
- populations mésolithiques et néolithiques. Ossements des gisements d'Asselar au Mali, d'Erq-el-Ahmar en Israël, de Téviec, d'Hoedic, de Presles et d'Aulnay-aux-Planches en France...
|
III - Collections de Préhistoire : Outils Lithiques, Outils Osseux, Parures, Art Mobilier, Relevés d'Art Rupestre |
Le Muséum a joué un rôle primordial dans l'adhésion de la communauté scientifique aux idées, qui s'ébauchent au XVII ème siècle et se confirment matériellement au XlX:ème siècle, sur le temps géologique de l'homme. Le Muséum fut à cet égard en avance sur les autres milieux scientifiques: en 1858, le professeur Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a cautionné le premier, devant l'Académie des sciences, les travaux de Jacques Boucher de Perthes (1788-1868), considéré comme le père de la préhistoire. Il est vraisemblable que cette reconnaissance influença favorablement les savants britanniques, comme Prestwich ou Falconer qui se succédèrent sur le site d'Abbeville en 1859.
En 1860, Jacques Boucher de Perthes offrit au Muséum une série de pièces provenant d'Abbeville, donation qui fut suivie en 1868 de celles de Louis Lartet (Cro-Magnon), du Marquis de Vibraye (Laugerie-Basse) et du docteur Prunières (Lozère). Ces collections furent alors présentées dans la galerie d'anthropologie du Muséum au sens large, avec les collections d'anthropologie physique et d'ethnographie; un même rassemblement sera opéré quelques années plus tard dans les galeries publiques du Trocadéro.
En 1920, le prince Albert de Monaco, ami de Marcellin Boule et d'Henri Breuil, a créé sur un terrain offert au Muséum l'Institut de paléontologie humaine, fondation de droit public français qui a pour but d'étudier " le progrès de la Science sur toutes les questions relatives à l'origine et à l'histoire de l'Homme fossile". Depuis sa fondation, l'Institut de paléontologie humaine a hébergé les chercheurs qui ont construit la science préhistorique: Marcellin Boule, Henri Breuil, Hugo Obermaier, Robert Verneau, René Neuville, Pierre Teilhard de Chardin, Pei Wen Chung, Henri Vallois, Raymond Vaufrey, François Bordes, Lionel Balout, qui tous ont légué une partie de leurs collections au Muséum ou à cette institution.
Ces collections préhistoriques et protohistoriques font figure de référence pour la préhistoire mondiale: collections de Lartet et de Christy à La Madeleine, du marquis de Vibraye sur le site de Laugerie-Basse en Dordogne, ou encore du comte Bégouën dans les cavernes du Volp en Ariège qui ont livré bien des objets d'art mobilier paléolithiques.
Les séries constituées lors de fouilles tant en France qu'à l'étranger présentent aussi un intérêt pour l'histoire de la discipline et son développement scientifique. Elles proviennent en effet de gisements maintenant mondialement connus, dont la stratigraphie a servi à établir la chronologie et la terminologie de la préhistoire.
Grâce à Henri Breuil, Lionel Balout et Théodore Monod, le musée possède sur la période du Paléolithique inférieur et du Paléolithique moyen de très riches collections où les séries de Aïn Hanech, Ternifine et Bir el Ater (Algérie), de Sidi Abderrahman (Maroc), de la vallée de la Kagera (Ouganda), du Kenya, d'Éthiopie ou d'Afrique du Sud voisinent avec les séries de Clacton-on-sea (Grande-Bretagne), les séries du Bassin de la Somme, (gisement éponyme de Saint-Acheul) et celles de Choukoutien, rapportées par Henri Breuil, Pierre Teilhard de Chardin et Pei Wen Chung. Le Paléolithique supérieur est évidemment bien représenté, permettant d'illustrer, en même temps que l'explosion artistique que l'Europe a connue, la conquête du globe dans des régions jusqu'alors inhabitées par l'homme moderne, avec les séries du Vietnam, du Japon, de Java et d'Amérique centrale.
Grâce à ces fouilles, le musée de l'Homme conserve maints chefs-d'œuvre de l'art préhistorique, d'une exceptionnelle beauté, au premier rang desquels figure la Vénus impudique, la première statuette paléolithique découverte en 1864 par le marquis de Vibraye à Laugerie-Basse, ou la Vénus de Lespugue. Celle-ci, la plus grande et la plus célèbre des rondes-bosses du Paléolithique français, est par sa perfection stylistique une œuvre d'art qui défie les siècles. Parmi les collections, les bouquetins affrontés d'Enlène, de nombreuses pièces d'art mobilier sur os, sur ivoire ou sur bois de renne (La Madeleine, Laugerie-Basse, Le Mas-d'Azil, les cavernes du Volp), les plaquettes et dalles de pierre gravées de La Marche, l'ivoire gravé de La Madeleine forment un ensemble d'art préhistorique unique.
Accompagnant ces ensembles, les relevés que l'abbé Breuil et l'abbé Glory réalisèrent dans les sites majeurs de l'art pariétal sont conservés au musée de l'Homme.
La mutation néolithique est remarquablement illustrée par la série lithique stratifiée du gisement israélien de Wadi-el-Mughara. Les collections regroupent des objets provenant de contextes chronologiques et géographiques aussi variés que le néolithique forestier de Chigir (Oural), les séries du complexe culturel de Jomon (Japon) et les céramiques funéraires de la culture chinoise de Yangshao. La qualité exceptionnelle des statuettes zoomorphes en ronde-bosse, découvertes depuis le début du siècle au Sahara central et conservées dans les collections, leur confère également une place de premier plan dans l'exposition de l'art mobilier néolithique. Les collections néolithiques sont également riches en objets des stations lacustres du Jura français et suisses qui ont livré, outre l'industrie lithique, osseuse et en bois de cervidé, de la céramique, de la parure et des outils en pierre polie, des échantillons botaniques (paléosemences) et des fibres végétales (vanneries, tissages et mobilier en bois).
Plus d'un millier de relevés de peintures et de gravures rupestres ainsi que quelques dizaines de moulages de gravures de la région du Tassili-n-Ajjer (Algérie) réalisés par Henri Lhote sur lesquels figurent d'admirables scènes de la vie pastorale exécutées dans un style naturaliste unique au monde représentent la plus riche documentation iconographique sur cette région. D'autres, d'Afrique du Sud, de Namibie et du Zimbabwe, également l'œuvre d'Henri Breuil, se rapportent au Late Stone Age, période allant de l'Epipaléolithique au début de l'âge du fer.
Mais les collections des expéditions lointaines du siècle dernier ne se limitent pas uniquement à la préhistoire: des pièces diverses dont de nombreux objets en bronze des périodes historiques provenant de Hongrie, d'Italie, de Grèce, du Caucase, d'Egypte, de Suze en Iran, de Palestine, d'Afghanistan, d'Inde, de Sibérie, de Chine, du Vietnam, du Japon, de Java et d'Océanie...
|
IV - Collections d'Archéologie et d'Ethnologie |
Le musée de l'Homme conserve des témoignages irremplaçables des cultures du monde, anciennes et traditionnelles. Les objets rassemblés par des générations de voyageurs ou de scientifiques n'existent parfois plus dans leur pays d'origine. Les 500 000 objets ou groupes d'objets proviennent de la plupart des pays du monde - la France exceptée -, les anciennes colonies étant plus particulièrement représentées.
Comme tous les musées, le musée de l'Homme a son histoire, intimement liée à celle du Muséum national d'histoire naturelle. Ses collections ethnographiques, construites essentiellement au XIX ème et auXX ème siècle dans le cadre de missions interdisciplinaires dont l'esprit a évolué avec l'époque et dont la plupart sont liées à l'aventure coloniale, ne sont évidemment exhaustives ni dans le temps, ni dans l'espace.
De la même manière que les collections de préhistoire sont complémentaires des collections présentées au musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en Laye, certaines collections ethnologiques du musée de l'Homme sont complémentaires de celles d'autres musées, comme le musée Guimet et le musée Cernuschi pour l'Asie, ou le musée des Instruments de musique de la Cité de la musique pour l'ethnomusicologie. Plus fondamentalement, alors que le Louvre présente, à côté de la peinture, de la sculpture et des objets d'arts des sociétés occidentales jusqu'au milieu du XIX ème siècle, les cultures antiques du bassin méditerranéen, les collections du musée de l'Homme portent la marque d'une autre histoire qui mène de l'Afrique à l'Amérique précolombienne, de l'Insulinde à l'Océanie, des sociétés néolithiques aux peuples nomades du Maghreb.
Rapportées à l'origine par des naturalistes, dans le cadre des grands voyages de découvertes, les collections seront ensuite, tout au long du XIX ème siècle, systématiquement recueillies dans les colonies à l'occasion des Expositions universelles ou des Expositions coloniales, ou dans le cadre de missions. Mais la pratique du terrain est alors inconnue et l'ethnologie n'est pas encore fondée comme branche de l'anthropologie. Ces collections sont pour la plupart rapportées avec peu d' indices permettant de les situer dans le contexte de leur culture d'origine; la création du musée du Trocadéro, qui rassemble des collections jusque-là éparses, ne suffit pas à rompre cet état de fait.
Avec la mise en place de la discipline ethnologique en France par Durkheim puis par Marcel Mauss (qui enseignait à l'Ecole pratique des hautes études), avec la création de l'Institut d'ethnologie en 1925, qui jette les bases d'un enseignement interdisciplinaire en sciences humaines et d'une formation à la recherche de terrain, avec la diffusion des pratiques des grands anthropologues américains (Malinowski, Boas) qui placent le terrain et le recueil des données au centre de leurs préoccupations, l'ethnologie trouve de nouvelles marques.
La mission Dakar-Djibouti, en 1931-1933, constitue à cet égard un tournant. La collecte est considérée alors comme un devoir de l'Occident face à la disparition accélérée des cultures traditionnelles mises en contact avec les cultures industrielles. De nombreuses missions sont organisées dans différents continents, obéissant aux règles de l'enquête ethnographique énoncées par les théoriciens de cette discipline.
Jusque dans les années soixante, chaque département de collections avait une équipe permanente de chercheurs (en Afrique noire Michel Leiris, Denise Paulme et Jean Laude, en ethnomusicologie André Schaeffner, en Arctique Paul-Emile Victor, Robert Gessain et Evelyne Lot-Falk, en Amérique Claude Lévi-Strauss, Jacques Soustelle) qui dirigeait les travaux d'étudiants- ceux-ci avaient pour tâche, sous la direction de ces chercheurs, d'entretenir les réserves. Ce faisant, il y avait apprentissage de l'objet et des techniques de conservation.
L'évolution des thèmes de recherche, avec l'emprise grandissante de la sociologie sur l'ethnologie et l'application des méthodes de l'ethnologie aux sociétés industrielles, l'influence même sur des générations d'étudiants de la pensée de Lévi-Strauss dont l'aura les a involontairement conduit à abandonner un temps l'étude des cultures matérielles au profit de la recherche d'invariants culturels dans les systèmes symboliques, ont pesé sur le destin du musée de l'Homme. Pour beaucoup, les objets ne furent plus utiles aux thèmes des recherches, cette évolution étant symbolisée par l'abandon de la parution de la revue Objets et Mondes.
Les conséquences de cette évolution ont été amplifiées par la suppression de nombreux postes de techniciens et par les charges de travail de plus en plus importantes des étudiants pour suivre les cursus universitaires ou préparer leur doctorat.
Depuis quelques années, les problématiques de l'objet, de la collection, de l'histoire même de la collecte, du musée, redeviennent centrales, tant par rapport aux cultures étudiées que pour notre propre histoire. Chercheurs et étudiants sont en train de retrouver le chemin des réserves et des galeries publiques, en même temps que le musée accueille de nombreux chercheurs des pays dont la culture est représentée dans les collections du musée de l'Homme: mais pour faire face à cette nouvelle demande, le musée est très démuni en personnel et doté de moyens dérisoires.
1- L'héritage des cabinets de curiosités des rois de France et des cabinets d'histoire naturelle
Les collections du Muséum conservent la trace originelle du Cabinet de curiosités de François I er, avec un manteau de plumes et une massue des Indiens Tupinamba rapportés du Brésil par Thévet, cosmographe du roi, ou encore des objets rapportés par Jacques Cartier. Quelques objets des collections d'Asie ont été rapportés par les ambassades envoyées par Louis XIV auprès du roi du Siam. On y trouve aussi des trompes d'ivoire de l'ancien royaume du Bénin, qui firent partie des collections du cabinet du roi.
D'autres collections proviennent du Cabinet d'histoire naturelle du roi et ont fait un détour par le cabinet des Antiques de la Bibliothèque nationale avant d'être déposées en 1878 au musée du Trocadéro.
D'autres encore, venant du musée de la Bastille, transféré à l'Arsenal puis au musée de l'Armée, ont été confiées en 1917 au musée du Trocadéro.
On y trouve également des peaux de bison peintes par des Indiens d'Amérique du Nord provenant du cabinet de curiosités de Fayolles, qui avaient été rachetées pour le cabinet d'histoire naturelle créé par le marquis de Sérent pour éduquer les enfants du comte d'Artois. Cette collection, composée aussi d'objets rapportés de Guyane française, d'Afrique, d'Asie et d'Océanie, après avoir été confisquée pendant la Révolution, a été regroupée ultérieurement à la bibliothèque de Versailles avant d'être déposée au musée de l'Homme en 1937. Ont également été déposées au Muséum des pièces laissées par les émigrés, comme les cires du cabinet de Philippe-Egalité ou les momies guanches du comte de Puységur.
Dans le même registre, on peut citer la série d'objets sibériens arrivée en 1776, les peaux peintes de bisons et de cerfs, commandées par Louis XVI au Canada pour servir à l'éducation des princes, ou encore l'importante collection rapportée du Pérou par une mission archéologique envoyée par Louis XVI et déposée au cabinet des Antiques avant de rejoindre le musée d'Ethnographie du Trocadéro en 1878. De même les tableaux de Catlin, donnés par Louis-Philippe ont été déposés par le Louvre au musée de l'Homme et depuis restaurés et conservés par la bibliothèque.
2- Les collections venant des Expositions universelles et des Expositions coloniales
Les Expositions universelles de 1855, 1878, 1889, 1900, 1901 et 1937 ont contribué à enrichir les collections des objets laissés en don par différents pays C'est ainsi par exemple que les ensembles les plus anciens de costumes européens ont été constitués à l'occasion des Expositions universelles de Paris de 1878 et de 1889, les pays offrant à la France les collections exposées à l'issue de ces manifestations.
Les Expositions coloniales (celles de Marseille de 1906 et de 1922, celle de Vincennes de 1931) ont également été l'occasion d'accroître les collections du musée.
3- Les missions, les dons et legs, les acquisitions
Il s'agit là du principal mode d'acquisition. La collecte sur le terrain a permis de recueillir des séries d'objets usuels sur la vie matérielle de certaines cultures, à côté d'œuvres d'art; ces séries sont accompagnées d'un important fonds documentaire, qui permet d'appréhender ces objets en les replaçant dans le contexte de leur culture d'origine.
Afrique subsaharienne
Le XIX ème siècle a collecté, au cours de missions envoyées dans les colonies françaises par le ministère de l'Instruction publique et par le Muséum national d'histoire naturelle sur les côtes du continent africain, des pièces très variées, masques et statues n'en représentant qu'une proportion limitée.
Panoplies et objets de la vie quotidienne étaient présentés au musée du Trocadéro dès son ouverture, sans que les statues et les masques soient distingués.
Marcel Griaule, accompagné de Germaine Dieterlen, Michel Leiris, Denise Paulme, organisa la mission Dakar-Djibouti, ramenant collections, recueils de traditions et de chants, et films du pays Dogon, au Mali.
Le musée de l'Homme conserve environ 40 000 objets d'Afrique subsaharienne, composant de remarquables collections de différentes populations du Gabon, du Congo, de Côte d'Ivoire, du Bénin (Dahomey), du Burkina-Faso (Haute-Volta), de Guinée, du Sénégal, de Sierra-Léone, du Libéria, du Mali, du Cameroun, du Tchad, d'Ethiopie, de Somalie, du Mozambique.
Collections rapportées par Schoelcher (1883), Savorgnan de Brazza (1886), le prince Roland Bonaparte (1888), Delafosse (1899), Monfreid (1930), Frobenius (1931), Louis Marin (1932), Paul Guillaume; mission Dakar-Djibouti (1931 1933), Croisière noire (1935), mission Ogoué-Congo (1946), mission Congo-Cameroun (1954); plus récemment, ensembles collectés par A. Schaeffner (1946), Henri Vallois, Monique Gessain...
Afrique du Nord et Proche-Orient
Les 30 000 objets, essentiellement ethnographiques, des collections d'Afrique du Nord et du Proche-Orient sont entrés au musée à partir de 1878.
Cinq collections se rapportant à des groupes ethniques régionaux ont été constituées en tant que telles:
- les Chaouïa de l'Aurès (Algérie);
- les Touareg du Hoggar (Algérie);
- les Teda du Tibesti (Tchad);
- les nomades de Mauritanie;
- les Bédouins du désert de Syrie.
Ces collections proviennent de dons ou de missions effectuées dans les années 30 par Thérèse Rivière, Henri Lhote, Odette du Puigaudeau, Albert de Boucheman.
Mais il est aussi possible de considérer l'existence de collections regroupées par thème (le harnachement du cheval, les armes, les ustensiles de cuisine, par exemple) ou par région (collections de Kabylie en Algérie, de l'Anti-Atlas au Maroc ou de Palestine). Collections résultant de dons, legs, acquisitions de collectionneurs et de chercheurs, notamment, Germaine Tillion, Dominique Champault, Marie-José et Joseph Tubiana...
Certaines pièces archéologiques sont également conservées, en provenance du Sahara, de l'Egypte pharaonique et des îles Canaries.
Madagascar- Océan Indien
Les collections de cette aire géo-culturelle comptent un fonds d'environ 6 700 objets, dont 6 250 appartiennent à l'histoire et à la culture malgaches, 150 objets à celles des Iles Comores et des Mascareignes.
De 1880 à 1995, 152 collections enregistrées et documentées témoignent, grâce à leur acquisition étalée sur plus d'un siècle et à leur complémentarité, de l'ensemble de la culture malgache, tant dans son évolution historique - du XIV ème siècle à l'époque contemporaine - que dans sa diversité socioculturelle, dans sa cohérence et dans son unité globale.
Ces collections ont pour la plupart été rapportées ou données, soit par des explorateurs ou administrateurs animés par une démarche scientifique, ayant une vision générale et humaniste des cultures auxquelles ils se trouvaient confrontés et pour certains déjà membres correspondants du Muséum, soit par des chercheurs du Muséum.
Collections archéologiques
Une intéressante collection archéologique en provenance des sites funéraires islamisés du nord de Madagascar (Vohemar) illustre la circulation des hommes et des traits culturels dans l'océan Indien entre le XIV ème et le XVII ème siècle. Elle comprend quelques pièces entières et de nombreux fragments de porcelaine de Chine, verrerie arabo-persane, marmites en chloritoschiste.
Collections ethnologiques
Les collections proprement ethnologiques décrivent la vie matérielle, sociale et spirituelle des Malgaches du début du XIX ème siècle jusqu'à nos jours. Elles concernent principalement la vie domestique, l'habitat, les activités agraires, la musique, la relation au sacré à travers la magie, la divination et les rites funéraires.
Les ensembles les plus riches concernent:
- la maison: éléments d'architecture (pilier, porte, volet, échelle en bois sculpté); panneaux de lit sculptés; petit mobilier (série de lampes en pierre et en fer forgé, vanneries, ustensiles domestiques en terre, bois et matériaux divers);
- les textiles: vêtements et linceuls en soie sauvage malgache, rabanes ikatées du nord-ouest de Madagascar (technique et produit actuellement tombés dans l'oubli);
- les objets de parure: en argent ou en cuivre, dont la production s'accrut avec la présence européenne et dont les formes et les styles finirent par caractériser chaque province; parures composites de style ancien, peignes en bois sculpté, remplacés de nos jours par des produits d'importation;
- la musique: environ 300 instruments de musique conservés au département d'ethnomusicologie;
- la magie et la divination: collections dont l'importance numérique et la variété permettent d'offrir des exemples traditionnels et originaux de talismans (étuis à charmes, colliers, éléments divers), complétés par du matériel de magicien;
- les rites funéraires peuvent être évoqués à travers une collection importante de linceuls et quelques exemplaires de la sculpture funéraire du sud de Madagascar (copies de poteaux funéraires, mahafale, cénotaphes bara; représentations figuratives sakalava, en bois).
Asie du Sud-Est continentale et d'Extrême-Orient
Le musée de l'Homme possède des collections exceptionnelles concernant l'ex Indochine française, et recueillies dès le XlX ème siècle à l'occasion des grandes explorations, des missions scientifiques de l'Ecole française d'Extrême-Orient et par les ethnologues spécialistes de ces régions.
Il conserve notamment des ensembles complets d'objets rapportés par les chercheurs qui ont séjourné longuement au sein des populations de l'Indochine. Ces collections, spécifiquement ethnographiques, permettent de montrer la vie villageoise dans sa totalité et sur toute une année, comme par exemple :
- la collection sur les Sedang des hauts plateaux du Vietnam, rassemblée par Georges Devereux dans les années trente ;
- celle sur les Thaï du Vietnam et du Laos, sur les Khmers du Cambodge, et sur les Viet et les Muong du Vietnam, recueillie par Madeleine Colani, Suzanne Karpeles et Jeanne Cuisinier dans les mêmes années ;
- celle sur les Mnong Gar du Centre-Vietnam rapportée par Georges Condominas dans les années cinquante.
La Malaisie et le sud de la Thaïlande sont bien représentés par les collections de Jeanne Cuisinier recueillies dans les années trente (vie quotidienne, danses et théâtres d'ombres). Les objets les plus anciens proviennent de la mission J. Errington de la Croix et Brau de Saint-Pollias (1880-1881) avec près de 350 objets recueillis essentiellement dans la province de Perak en Malaisie, et du voyage de la Sémiramis avec des objets collectés par la mission Lapicque dans les années 1890.
- deux collections importantes ont été rapportées du Japon par André Leroi-Gourhan.
Ces collections ont été enrichies depuis par les missions des chercheurs du département d'Asie, Bernard Dupaigne au Cambodge, Christine Hemmet en Thaïlande et au Vietnam. Par ailleurs, des achats importants sont effectués pour combler les manques.
Insulinde
La collection d'Insulinde du musée de l'Homme comprend 7 500 objets. A la création du musée d'Ethnographie du Trocadéro, elle n'en comptait que 63. Les objets les plus anciens proviennent de navigateurs français mais l'essentiel des collections entrées avant 1918 ont été offertes par des Hollandais. André Vayson de Pradennes a constitué en 1939 une importante collection donnée par la suite au musée de l'Homme.
Depuis les années cinquante, ce sont les chercheurs français qui ont contribué à enrichir les collections (Louis Berthe, Jeanne Cuisinier, Marie-Claire Bataille, Françoise Girard, Christian Pelras, etc.). Celles-ci comportent pour l'essentiel des pièces en provenance de Bornéo, de l'archipel des Célèbes (Sulawesi), de l'archipel des Moluques (Maluka), des îles de la Sonde et des Philippines.
Sur le plan thématique, la vie quotidienne de ces cultures est bien illustrée par ces collections (matériel de pêche et d'agriculture, matériel de transport et de navigation, matériel de cuisine, maquettes d'habitation, vêtements, etc.). Malgré l'importance, l'intérêt et la variété de ces collections, une petite proportion seulement de celles-ci a pu être vue du public. A l'exception des collections des Philippines, elles ne sont pas exposées de manière permanente dans les galeries publiques du musée de l'Homme.
Inde, Tibet, Himalaya.
Les collections indiennes illustrent essentiellement les cultes populaires :
- ensembles sur les Bhil et les Korku, réunis dans l'Inde centrale en 1938-1939 par le père Koppers, et sur l'Inde du Sud, recueillis par Louis Dumont en 1949-1950. Le théâtre et la danse y sont bien représentés au travers d'une importante collection de figures d'ombres, marionnettes, costumes et masques de danse (la collection comporte également des masques de Ceylan). Des toiles et des rouleaux peints racontent les grandes épopées et les récits populaires ;
- ensembles sur la vie rurale au Rajasthan, illustrée par des collections rapportées plus récemment par Françoise Cousin (textiles, vêtements et matériel culinaire).
Les collections tibétaines comportent des ensembles remarquables collectés par le professeur Jacques Bacot (1906- 1910) et Alexandra David-Neel (1918-1944) .
Les collections népalaises, riches, variées et plus ethnographiques, ont été recueillies selon une grande systématique par les missions de Corneille Jest et d'autres membres de l'équipe" Népal ".
Pays musulmans d'Asie
De la Turquie au Népal en passant par l'Iran, l'Afghanistan et les pays d'Asie centrale, l'aire musulmane de l'Asie est bien représentée dans les collections du musée de l'Homme, du point de vue des modes de vie des populations pratiquant la transhumance comme des modes de vie - agricoles ou citadins - des populations citadines.
Ces collections proviennent pour l'essentiel :
- d'objets de l'aire irano-turque transmis au musée au travers de grandes donations effectuées au XIX ème siècle, portant souvent sur l'ensemble de l'Asie. Ces objets témoignent de manière essentielle des grands courants artistiques: tableaux qadjar, objets persans du XVII ème au XIX ème siècle;
- d'objets de la collection Citroën rapportés de la Croisière jaune concernant les arts et les artisanats musulmans: faïences vernissées, cuivres étamés, armes. A partir de 1966 et jusqu' en 1972, dans le cadre de l'ERA 53 du professeur Jacques Millot, des collectes systématiques ont été entreprises dans l'ensemble de l'aire musulmane portant essentiellement sur les tissages, textiles, vêtements, bijoux et parures. Les collections ainsi constituées sont très représentatives des technologies traditionnelles et des modes d'expression des populations musulmanes, allant de l'intérieur de la maison jusqu'aux travaux des champs. Certains thèmes ont été privilégiés selon les axes d'intérêt des chercheurs: les extraordinaires bijoux des Turkmen, présents depuis la Turquie jusqu'à l'Asie centrale, permettent de témoigner, en même temps, d'axes de peuplements et d'influences ;
- de donations et legs d'objets iraniens faits par A. Perrier (1981-1989), déterminants pour présenter les modes de vie des transhumants du Sud et des populations arabophones d'Iran ;
- de diverses donations du gouvernement turc (1967-1996) comportant des objets ethnographiques ainsi que des objets représentatifs de la culture des siècles passés ;
- de la collection d'Aumale, qui a cnrichi les collections iraniennes et turques de somptueux costumes et vêtements de l'Asie musulmane des XVIII èmee et XIX ème siècles.
Sibérie
Les collections des peuples de Sibérie ont été réunies à la fin du XIX ème siècle. Elles comprennent :
- une collection de 356 objets de la vie quotidienne et des costumes finno-ougriens (une trentaine de vêtements finno-ougriens en toile de lin écrue brodée de motifs géométriques rouges d'une grande rareté) rapportés de Russie par le baron de Baye, archéologue ;
- une panoplie complète de chaman toungouse rapportée en 1887 par l'explorateur Joseph Martin de Sibérie orientale1, des bronzes archéologiques.
1
Cette panoplie est exceptionnellement complète et comprend : le manteau et ses pendeloques en fer, la coiffure métallique à ramures de cervidé, le plastron et ses figurines d'esprits, le masque de cuivre, le tambour à décor peint et ses deux battoirs en ivoire de mammouth, les deux cannes chevalines, soit tout le bataclan du chaman, auquel s'ajoutent quelques figurations d'esprits (oiseaux en bois, mammouths en fer) et des pendeloques métalliques détachées d'autres costumes.- un ensemble aïnou du Hokkaïdo, rapporté au tout début des années vingt, composé d'une centaine d'objets de la vie quotidienne. Cette collection comprend entre autres des objets rituels (crânes de renards, bâtons sculptés, baguettes d'aspersion), des ceintures tressées, des sabres, et quatre manteaux de cérémonie en fibre d'orme ;
- un ensemble tchouktche, offert par un fonctionnaire russe, N. Gondatti, en 1898. Il comprend plus de 300 objets de la vie quotidienne et religieuse des Tchouktches, petit peuple vivant de l'élevage des rennes et de la chasse aux mammifères marins à l'extrême nord-est de la Sibérie. La valeur decette collection ne vient pas de la beauté de ces objets, assez frustes, mais du fait qu'ils font l'objet d'une collecte systématique et qu'ils couvrent toute la culture de cette ethnie ;
- une collection de 200 objets qui auraient été rassemblés par le consul allemand de Vladivostok vers 1920 a été achetée en 1966 à l'antiquaire berlinois Klinkmuller. Ces objets - vêtements, objets rituels et usuels - proviennent de toute la Sibérie et datent de la fin du XIX ème et du début du XX ème siècle, ce qui est relativement ancien pour des objets sibériens. Les plus remarquables sont des vases rituels iakoutes en bois sculptés et des robes en peau de poisson brodées de la région de l'Amour.
Europe
Les musées d'anthropologie culturelle européenne à travers le monde, même très riches, ne possèdent le plus souvent que des collections à caractère régional, parfois national. Seuls quelques musées américains (Etats-Unis, Canada) s'efforcent actuellement d'élargir la représentativité de leurs collections européennes, conscients de leur importance historique et géopolitique. Il en va de même pour les recherches de terrain entreprises surtout dans les Balkans ou les pays de l'ex-URSS, zones à fortes revendications nationalistes.
Les collections européennes du musée de l'Homme, qui proviennent de différentes cultures européennes et se distinguent pour leur organisation en ensembles significatifs et cohérents, sont uniques au monde par leur étendue géographique (tous les pays sont représentés, seule l'Angleterre l'étant pauvrement) et chronologique.
Entreprises à l'occasion des Expositions universelles du siècle dernier, les collections européennes n'ont jamais cessé de s'enrichir; elles se composent de quelque 50 000 pièces et connaissent encore une croissance régulière. A partir des années 1950, les recherches de terrain se sont multipliées, assurant leur documentation et leur enrichissement. Les relations étroites entretenues entre le musée de l'Homme et les musées d'ethnographie des pays de l'Est à partir des années soixante, qui constituaient une rare occasion de contact avec l'Occident, expliquent que les objets de la culture traditionnelle de ces pays soient particulièrement bien représentés, et notamment l'ex-Yougoslavie. C'est ainsi toute l'affirmation des identités nationales depuis le XVIII ème siècle qui peut être retracée au travers des collections de costumes.
Elles ont été récemment enrichies des collections de costumes du sud-est du continent acquises dans le cadre de la collection de Jacques d'Aumale, qui témoignent des modes vestimentaires de la fin du XIX ème siècle en Méditerranée orientale. Au travers de ces collections ou encore de celles rapportées par Pierre Loti ou des collections d'Afrique du Nord, c'est toute la mythologie du voyage en Orient et l'orientalisme qui peuvent être aussi évoqués dans les expositions du musée de l'Homme.
Les ensembles les plus remarquables des collections d'Europe sont :
- les costumes et les parures: habits de mariage et dons matrimoniaux ;
- les objets liés aux rites et aux fêtes saisonnières : masques d'hiver et de carnaval ;
- les objets de culte populaire : icônes, statuaire et ex-voto ;
- les textiles et broderies utilisés pour l'ameublement de la maison, la constitution des dots, ainsi que les outils de tissage ;
- les objets relatifs aux rites d'hospitalité ;
- les jouets et poupées représentatifs de plusieurs cultures ;
- les objets anciens liés à des techniques agricoles ou d'élevage.
Amérique
A côté des collections ethnographiques relatives notamment au monde amazonien, l'histoire du musée de l'Homme l'a fait héritier des collections archéologiques américaines, conservées au Louvre entre 1850 et 1887 : en 1875, le premier congrès des américanistes, tenu à Nancy, n'avait-il pas jeté un pont entre l'archéologie et les perspectives ethnographiques ? La trajectoire personnelle des fondateurs du musée du Trocadéro et du musée de l'Homme - Hamy puis Rivet sont des américanistes en même temps que des médecins - explique sans doute cette présence forte, fondatrice de collections uniques à Paris.
Ces collections archéologiques sont représentatives de la plupart des cultures préhispaniques, avec deux fonds particulièrement importants : l'archéologie des Andes et l'archéologie mésoaméricaine.
Elles ont été collectées à différentes occasions, lors de la guerre d'intervention française au Mexique, de la mission de fouilles d'Alcide d'Orbigny envoyée par le Muséum en Amérique du Sud (1826-1833), ou dans le cadre de voyages organisés par le ministère de la Marine. Les collections rapportées de ces voyages avaient été déposées à la manufacture de Sèvres jusqu'à la création du musée américain au Louvre en 1850, où elles furent réunies avec des pièces péruviennes des collections de Léonce Angrand, vice-consul à Lima de 1834 à 1838, du baron Vivant Denon, et de Lemoyne, consul de France à Lima de 1840 à 1849 ;
On peut encore mentionner les missions péruviennes de Francis de Castelnau Charles Wiener, ou Alphonse Pinart, etc. C'est à la suite de ces collectes que M. de Watteville, qui dirigeait le service des missions au ministère de l'Instruction publique, décida d'ouvrir, dans le cadre de l'Exposition universelle de 1878, un muséum ethnographique des missions scientifiques, logé dans le palais de l'Industrie où ces collections furent exposées2
|
2 L'année suivante une partie du Trocadéro sera affectée à la conservation de ces collections, qui servent de base à un musée ethnographique avec les collections du cabinet des Médailles, ex-cabinet des Antiques de la Bibliothèque nationale, et les collections du laboratoire d'anthropologie du Muséum. Les collections américaines du musée de Saint-Germain-en-Laye, de la Société de géographie de Paris et du musée du Louvre viennent les rejoindre en 1887. |
Plus récemment, le musée de l'Homme a augmenté ses collections américaines avec le don Raoul d'Harcourt en 1964, la mission d'Alfred Métraux (Indiens du Brésil) et les missions de Claude Lévi-Strauss (Bororos, côte nord-ouest de l'Amérique du Nord).
Arctique
Le département des Arctiques regroupe les collections de tous les peuples circumpolaires: peuples Sami du nord de l'Europe, peuples de la Sibérie septentrionale d'ouest en est (voir supra), peuples Inuit de l'extrême nord de l'Amérique et du Groenland.
Les collections comptent un peu plus de 9 000 objets (ethnologie et archéologie).
Les collections des Sami de Scandinavie comptent 250 objets qui ont trait à la vie quotidienne (vêtements, matériel de transport, attelage de renne, instruments de cuisine).
La majorité des collections arctiques concerne les Inuit, dont la plus grande partie, soit 3752 objets, a été rapportée en 1934 de la côte est du Groenland par la mission ethnographique française du Muséum dirigée par Paul-Emile Victor.
Cette collection qui forme un ensemble cohérent et représentatif propre à illustrer la vie d'un groupe ethnique sous toutes ses facettes comprend des objets illustrant :
- le transport sur mer et sur banquises: kayaks, baleinière en peau ;
- les activités de chasse : harpons en bois et ivoire, dards à oiseaux avec griffes adventives en os, ivoire ou en pièce métallique de récupération, foënes à salmonidés, stylets dont certains sont décorés d'incrustations d'os et d'ivoire ;
- les activités de fabrication d'objets en bois, ivoire, os et cuir: poinçons, forets à arc, herminettes, palissons, couteaux, etc.;
- la cuisine : marmites en pierre de stéatite, lampes à huile, plats en bois, baquets en bois ornés de figurines en os et ivoire, etc.;
- le vêtement : costumes d'hommes et de femmes en peau de phoque ;
- l'habitation : tentes en peau et divers mobiliers ;
- les jouets : toupies, rhombes, hélices, bilboquets, etc.;
- la vie sociale, religieuse et artistique : tambours, masques, tupilek, représentations en ivoire, os et bois d'esprits maléfiques.
Océanie
Les collections du département Océanie comptent 22 500 objets (pièces ethnographiques et témoignages archéologiques confondus) ;
Certains des objets conservés symbolisent des tournants décisifs pour l'ethnologie mondiale: découvertes de Malinowski aux îles Trobriand, ou de Bateson en Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Les aires géographiques concernées sont :
- la Mélanésie : 11 801 pièces ;
- la Micronésie : 240 pièces ;
- la Polynésie : 2 402 pièces ;
- l'Australie : 742 pièces.
- 1880 : mission Marche, îles des Philippines et Micronésie, 557 pièces ;
- 1887 : don du prince Roland Bonaparte, 659 pièces ;
- 1893 : don du lieutenant Ardouin, Nouvelle-Calédonie,180 pièces ;
- 1896 : voyage de la Semiramis, docteur Lapicque, Nouvelle-Calédonie, 127 pièces ;
- 1930 : docteur Rollin, Iles Marquises, 102 pièces ;
- 1930 : collection amiral Dupetit-Thouars, 64 pièces ;
- 1930 : collection Stéphane Chauvet (don de G.H. Rivière), 814 pièces ;
- 1930-34 : don du pasteur Maurice Leenhardt, Nouvelle-Calédonie, 115 pièces ;
- 1931 : mission Rey Lescure, Nouvelle-Calédonie,144 pièces ;
- 1934 : legs Aubert de la Rüe, Vanuatu, 710 pièces ;
- 1934 : mission du père O'Reilly, îles Salomon, 1 495 pièces ;
- 1935 : expédition A. Métraux et H. Lavachery, île de Pâques, 280 pièces;
- 1938 : expédition la Korrigane, don de Ganay - van den Broek, Mélanésie, 383 pièces ;
- 1950 : collection de M. Vayson de Pradennes, Mélanésie et Polynésie, 767 pièces ;
- 1953-55 : mission J. Cuisinier, Indonésie, 213 pièces ;
- 1955 : expédition Apokayan, Bornéo, 265 pièces ;
- 1955 : mission Françoise Girard, Nouvelle-Guinée, 503 pièces ;
- 1957 : mission Louis Berthe, Indonésie, 834 pièces ;
- 1957-61 : don de J. Villeminot, Australie et Nouvelle-Guinée, 113 pièces.
Au fil des années, avec le développement de la recherche anthropologique, des collections ont été rapportées par des chercheurs du musée et du CNRS (Christian Pelras, François Lupu, Marie-Claire Bataille, G. Condominas, José Garanger...). Ces collections, plus homogènes et bien documentées, constituent des ensembles cohérents témoignant d'aspects précis ou généraux de la société étudiée.
|
V - Collections d'Instruments de Musique et Archives Sonores |
Les collections d'instruments de musique du musée de l'Homme qui représentent la mémoire musicale de la majorité des cultures non occidentales regroupent 8 000 instruments.
Ces collections ont été constituées dès 1878 dans le cadre du musée d'Ethnographie du Trocadéro, fonds auquel se sont ajoutés, avec différents dons et acquisitions régulières, d'importants dépôts d'instruments provenant du musée Guimet, du musée du Conservatoire, du musée des Antiquités nationales de Saint Germain-en-Laye, du musée de l'Opéra, du Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale, etc.
Le département qui les conserve, dénommé depuis 1954 département d'ethnomusicologie, fut créé par André Schaeffner, venu rejoindre dès 1929 l'équipe mise en place par Paul Rivet et Georges-Henri Rivière pour la rénovation du musée du Trocadéro. Un département d'organologie et une salle comparative d'instruments de musique sont alors organisés, augmentés en 1932 d'une phonothèque. Dans les salles publiques, le département programme des concerts hebdomadaires de musique enregistrée.
Avec la création du musée de l'Homme, les instruments de musique, jusque là dispersés dans les salles d'exposition et les réserves, sont regroupés pour former une collection unique. A la même époque, diverses missions ethnographiques rapportent des instruments qui enrichissent l'ancien fonds alors que le musée de Saint Germain en Laye et le musée du Conservatoire procèdent à d'importants dépôts. En 1946, les éditions de disque sont créées. La salle des arts et techniques ouvre ses portes en 1959, dont les vitrines consacrées à la musique illustrent la filiation des instruments selon les thèses d'André Schaeffner.
En association avec l'UMR 9957, le musée de l'Homme accroît depuis de nombreuses années ses collections d'instruments de musique, ses archives sonores (5 000 disques noirs, près de 600 cylindres, 450 disques compacts, 4 900 bandes magnétiques) ainsi que ses archives audiovisuelles (nombreux films produits par ses chercheurs, plus d'une centaine d'heures de bandes vidéo inédites).
La phonothèque conserve par ailleurs 35 000 phonogrammes.
|
VI - Les Collections de la Bibliothèque |
La bibliothèque du musée de l'Homme est une bibliothèque spécialisée et publique; elle réunit différents fonds :
- collections du laboratoire d'anthropologie du Muséum national d'histoire naturelle, qui comprennent également les albums de photographies de " types " humains et les portraits peints rapportés des voyages des naturalistes ;
- collections de l'Ecole d'anthropologie ;
- collections de l'Institut d'ethnologie de l'université de Paris, aujourd'hui Institut d'ethnologie du Muséum national d'histoire naturelle ;
- dépôts des sociétés savantes traditionnellement hébergées par le musée de l'Homme : Société des africanistes, Société des américanistes, Société préhistorique française, Société d'anthropologie de Paris et École d'anthropologie et Société d'ethnographie de Paris. Ces fonds permettent d'explorer les débuts des trois disciplines présentes au musée de l'Homme, au travers notamment des récits des naturalistes et des missionnaires.
A ceux-ci sont venus s'ajouter des collections achetées, données ou léguées : fonds Roger Bastide, Constantin Brailoiu, Henri Breuil, Paul Broca, Alexandra David-Neel, Eugène Caillot, Gaétan Gatien de Clérambault, Jeanne Cuisinier, Maurice Delafosse, Pierre Denis, Henri Frey, Léonce Joleaud, Harper Kelley, Ernest Laville, Lucien Lévy-Bruhl, Louis Marin, Jules Marcou, Marcel Mauss, Alfred Métraux, Jacques Millot, Paul Rivet, Jacques Soustelle, Georgette Soustelle, Guy Stresser-Péan, Paul Tchernia, Paul Topinard, René Verneau, Paul Émile Victor...
La bibliothèque conserve également les archives du laboratoire d'anthropologie du Muséum, du musée du Trocadéro et du musée de l'Homme, et de nombreuses archives privées de chercheurs (quelques papiers de l'abbé Breuil, correspondance, notes, études de Paul Rivet, archives manuscrites, graphiques et photographiques de Paul-Emile Victor par exemple, archives manuscrites Marcel Mauss).
Aujourd'hui, les collections comptent au total 250 000 livres, 1 500 microformes, 5 000 titres de périodiques, 1800 cartes, 700 pièces iconographiques (peintures, dessins, fusains, aquarelles, affiches), 300 manuscrits, 150 cassettes audiovisuelles, 16 fonds d'archives d'anthropologues, 60 albums photographiques. Les domaines américanistes et africanistes sont ses domaines d'excellence.
Cette bibliothèque, dont l'informatisation du catalogue est en voie d'achèvement, développe. une politique d'accès aux bases de données en ligne ou sur CD Rom. Il est prévu de rendre son catalogue disponible sur le réseau Internet.
|
VII - Collections de la Photothèque |
Le service de la photothèque a hérité des fonds anciens du musée d'Ethnographie du Trocadéro et du laboratoire d'anthropologie du Muséum dont les professeurs avaient très tôt compris l'intérêt qu'ils pouvaient tirer de la photographie : cela a conduit à la présence d'un fonds de daguerréotypes important (176), de 8 000 à 10 000 tirages anciens, du XIXème siècle aux années vingt, 41 000 plaques de verre négatives, 18 000 plaques de verre positives, 270 000 tirages modernes, 74 000 négatifs, 28 000 ektas.
Ces ensembles font de la photothèque une des plus grandes collections de photographies directement accessible au grand public comme aux chercheurs. Mais sa documentation a vieilli, correspondant aux besoins d'une ethnographie qui appréhendait les sociétés qu'elle étudiait de façon intemporelle: le classement géographique est prédominant, et l'auteur est rarement identifié, pas plus que la date de prise de vue. L'histoire de cette collection replacée dans la perspective générale de l'histoire de l'ethnologie et de la photographie reste à faire.
Pour illustrer l'importance de ces collections, on peut citer :
- les daguerréotypes (1841) des moulages ramenés par Dumont d'Urville de ses voyages à bord de l'Astrolabe et de la Zélée (1837 et 1840) réalisés par les Bisson ;
- le fonds Charnay, photographies réalisées entre 1857 et 1885 au Mexique, à Madagascar, en Australie ;
- les daguerréotypes des portraits réalisés en Afrique par le capitaine Guillain (1846) ;
- les plaques réalisées par les anthropologues Jacques-Philippe Potteau et Louis Rousseau (séries de portraits anthropométriques) ;
- les photographies (plaques et tirages) de Paul-Émile Miot prises lors du voyage de l'Astrée (1869-1870) en Polynésie ;
- 2 500 plaques et tirages des clichés du prince Roland Bonaparte qui a photographié les représentants des peuples exhibés lors des Expositions universelles et ethnographiques ;
- 300 plaques négatives ramenées en 1883 de Terre de Feu par la mission scientifique du Cap Horn ;
- les photographies ramenées du voyage de la Sémiramis par Lapicque ;
- 500 tirages d'études sur le drapé réalisés au début du siècle par le psychiatre Gaétan de Clérambault ;
- plus récemment, les photographies prises au cours de la mission Dakar-Djibouti ainsi que celles de Jacques Soustelle, Alfred Métraux, Pierre Verger, Claude Lévi-Strauss ;
- les archives du haut-commissariat de France pour l'Indochine.
***
*