La
notion de stratotype (2)
Stratotype d'unité
Selon le Guide Stratigraphique International
de l'Union Internationale des Sciences Géologiques, le stratotype
d’une unité stratigraphique, donc d'un étage, est une coupe-type
qui sert d'étalon pour la définition et l'identification
de l'unité. Mais, comme l'écrit
Rat (1980), bien souvent il n'y a pas vraiment une coupe permanente et
stable, en particulier dans des formations meubles ( ex. les argiles de
l'Albien). Il est parfois impossible de donner une coupe de référence,
continue. En fait, le stratotype est un volume,
un ensemble de formations avec leurs trois dimensions dans 1'espace.
Dès l’origine, A. d'Orbigny en créant 1'étage Albien,
et comme pour beaucoup d'autres, n'avait en vue aucune coupe précise
: ...l'Aube (Alba) traversant l'Albien à Dienville et le département
de l'Aube offrant d'ailleurs le plus beau développement". La véritable
définition de l'Albien repose uniquement sur des critères
paléontologiques (en fonction de la sensibilité de son auteur,
comme ce fut évoqué ci-dessus), sur une liste d'espèces
donnée dans le second volume du Prodrome de paléontologie
(et toutes ne provenant pas nécessairement de la région éponyme).
Le stratotype parfait n'existe pas.
Comme le note encore P. Rat en 1980 "il faudrait que la série sédimentaire
[d’un stratotype] y soit parfaitement complète, sans le moindre
hiatus de dépôt. Il faudrait qu'elle soit fossilifère
tout au long et de façon homogène, sans les aléas
introduits par des changements du milieu. Il faudrait qu'elle contienne
des fossiles de tous les groupes pour permettre l’établissement
et la confrontation des échelles macro- et micropaléontologiques.
Il faudrait que la province biologique à laquelle appartient le
stratotype ait une extension géographique extrêmement vaste.
Il faudrait..." Dans le centre des bassins on n’a en général
que d’épaisses et monotones successions de dépôts marins,
sans changement brusque de faciès, plus continue certes, mais la
distinction d’étages successifs y sera souvent difficile, et possible
seulement d’après les faunes, d’ailleurs habituellement pauvres,
pour peu que les faciès y deviennent un peu profonds. Au contraire,
les bordures de plates-formes continentales, domaine des transgressions
et régressions, par leurs lacunes, par les brusques variations des
faciès, par leurs faunes plus riches, permettront la distinction
d’une série détaillée d’étages lithologiques
et paléontologiques. Aussi n'est-il
pas étonnant de constater que beaucoup des anciens étages,
définis par leurs faciès lithologiques, correspondent à
des cycles sédimentaires : ainsi conçu, chaque étage
commence par une transgression et se termine par une régression.
Mais il s'agit aussi de milieux où la sédimentation est très
discontinue et où la faune est affectée d'un fort provincialisme.
Il
reste alors à savoir si ces étages de valeur régionale
peuvent avoir une valeur générale et comment ils concordent
avec les divisions basées sur les faunes.
Que les divisions soient basées sur
la faune ou sur les faciès, elles sont conventionnelles et, par
conséquent, la nomenclature stratigraphique
ne peut être considérée comme définitive.
Elle est susceptible d'évoluer et d'être précisée
en fonction des progrès des connaissances à 1'échelle
de la planète et de l'évolution des concepts et des méthodes
utilisés. Mais un accord universel est recherché. Les travaux
sur les échelles stratigraphiques sont, et doivent devenir, de plus
en plus collectifs. Les propositions résultent d'une large concertation
: groupes de travail, comités, colloques, etc. Des règles
ont donc été établies afin de répondre au mieux
aux besoins.
On demande d'abord qu'un stratotype se prête,
par son contenu fossilifère, à une bonne caractéristique
de l'étage. Et aussi qu'il se prête si possible à une
définition des limites. Les limites
sont conventionnelles car s'il y a une coupure, dite naturelle c'est qu'un
événement sédimentaire ou autre est intervenu qui
perturbe la représentation que la série peut nous donner
du temps. La coupe, témoignant dune bonne continuité des
dépôts et des observations doit exposer particulièrement
bien les limites inférieure et supérieure de l'unité,
définissant ainsi sa durée. Il
est nécessaire que ce stratotype offre des possibilités de
corrélation, donc qu'il possède divers marqueurs:
biologiques (faune aux caractères assez généraux pour
pouvoir être utilisable), géochimiques, minéralogiques
(minéraux magnétiques, marqueurs volcaniques ou cosmiques,
géochronomètres... ). Aujourd’hui on demande aussi qu'un
stratotype permette des «subdivisions », une «zonation
» à l'intérieur de l’étage; ce que les premiers
auteurs ne semblaient pas avoir en vue, l'étage étant pour
eux la plus petite unité stratigraphique accessible, avec une population
homogène. A l’inverse il y a une autre façon de concevoir
l'étage, tout aussi conventionnelle, en le définissant comme
un regroupement d’un certain nombre de zones (bio-, chrono- magnéto-,
...), celles-ci étant alors les unités fondamentales.
Les principes régissant la validité
d'un stratotype ont été souvent confrontés à
des difficultés d'application pratique dues au développement
historique de la réflexion stratigraphique. En effet, il a été
admis par convention, pour respecter le principe d’antériorité,
que l'on devrait prendre pour référence la coupe recommandée
par le créateur d'un étage et constituant le
stratotype historique, dans des travaux datant
généralement du siècle dernier. De ce fait, les stratotypes
historiques ont été souvent complétés, modifiés
ou remplacés, donnant lieu à une nomenclature inspirée
de la nomenclature taxinomique. On désigne comme stratotype
composite un stratotype historique formé
de plusieurs coupes qui, rassemblées, composaient 1'étage
originel. On appelle parastratotype
un profil de référence relevé dans la même région
et désigné en même temps que le stratotype pour compléter
l'information donnée par ce dernier. Un hypostratotype
est un profil de référence décrite dans un autre bassin
que le stratotype initial. Le néostratotype
est le profil de référence qui remplace un stratotype historique
lorsqu'il n’est plus accessible ou est devenu inutilisable, ou s’il est
détruit. S'il n'y a pas eu à l'origine un stratotype adéquat
désigné, il convient de le suppléer par un lectostratotype.
L'intervalle de temps correspondant à
une unité chronostratigraphique est caractérisé à
partir des deux limites, supérieure et inférieure, de cette
unité. Rey (1997) souligne que ce sont
donc les stratotypes de limites qui expriment le mieux la durée
d'un étage, même si ces limites ne se trouvent pas sur une
seule coupe, ou si elles ne sont pas représentées dans une
même région. Toutefois, une limite
se définit par rapport aux éléments qu'elle sépare.
Le stratotype de limite ne peut donc être réduit à
un point que dans la mesure où il s'insère dans un ensemble
continu de couches, les unes sous-jacentes et les autres sus-jacentes à
la limite.
Les stratotypes doivent s'appuyer sur l'identification
de plusieurs marqueurs, qui ne sont pas nécessairement associés
dans le même horizon, donc synchrones. Mais l'un d'eux est conventionnellement
choisi par commodité, parce qu'il est le plus favorable pour des
corrélations à grande distance.
Cette utilisation du concept de stratotype
de limite offre plusieurs avantages incontestables. Le premier est de proposer
des repères précis, concrets et fixes, scellés sur
la coupe. Ces «clous d'or
» sont appelés "Point Stratigraphic Global". Le second est
de préserver la possibilité de combler les vides éventuels
de 1'enregistrement géologique. S'il est conseillé
de sélectionner un stratotype de limite commune, pouvant servir
à la fois comme sommet d'un étage et base de l'étage
suivant et garantissant ainsi que ces deux limites sont bien confondues,
on ne peut totalement exclure l'éventualité d'une lacune
sur cette limite, non détectée à ce jour par les méthodes
stratigraphiques employées. Pour cette raison, il est suggéré
que les stratotypes de limites définissent prioritairement la base
de l'unité chronostratigraphique supérieure et pas nécessairement
le sommet de l'unité inférieure. Les stratotypes de limites
entre les étages doivent être choisis de telle sorte que certains
puissent également servir comme stratotypes de limites entre des
unités plus grandes (sous-systèmes, systèmes ... ).
Cette notion de stratotypes de limites a constitué
une avancée importante pour la chronostratigraphie, en permettant
de donner une définition claire et rigoureuse des barreaux successifs
de l'échelle chronostratigraphique. Elle est appelée à
compléter - mais non à supprimer - les stratotypes d'unités
qui ont pour vocation d'exprimer, même de manière très
partielle et imparfaite, la composition d'un étage. Partant des
stratotypes de limites (aux divers rangs hiérarchiques), on peut
étendre géographiquement ces limites au-delà de la
coupe-type.