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LES RADIOLAIRES
Stratifications
Rubanement et diagenèse
Rubanement et variation relative de la bioproduction et des apports détritiques
• Fluctuation de la bioproductivité des Radiolaires, à dépôt d'argiles constant : cette hypothèse proposée par GARRISON & FISCHER (1969) admettait un flux constant pour la sédimentation argileuse interrompu par des apports supplémentaires de biosilice connectés à un accroissement du nombre de Radiolaires, résultat de blooms planctoniques temporaires. Les argiles et jaspes différeraient alors seulement par leur contenu en silice. Les fluctuations de productivité en Radiolaires peuvent fréquemment être oblitérées par l'action des courants.
• Fluctuations des dépôts à Radiolaires liées
aux courants à dépôt d'argiles constant : proposé
par McBRIDE & FOLK (1979) et KALIN et al. (1979) la rythmicité
du litage des jaspes rubanés résulterait du dépôt
périodique rapide de squelettes siliceux par des courants de turbidité.
STEINBERG et al. (1983) précisent que, pour les radiolarites de
Turquie, deux possibilités devraient être envisagées
:
(l) avant leur remaniement, les boues à Radiolaires peuvent
être contaminées par des boues de composition voisine à
celle du fond argileux, et alors les compositions des jaspes et des lits
d'argiles, à la silice près, sont voisines ;
(2) si le silt à Radiolaires n'est pas contaminé ou,
au contraire, est mélangé avec un matériau différent
en composition de celui du fond continu, les interlits seront presque constants
ou au contraire variables, selon que l'origine du silt à Radiolaires
varie ou non. Cette interprétation fut aussi adoptée par
BARRETT (1982) pour les radiolarites d'Italie du Nord.
• Fluctuations des dépôts de boue liées aux
courants à bioproductivité constante : proposé
par ILJIMA et al. (1978) et MATSUMOTO & ILJIMA (1983) pour des radiolarites
triasiques du Japon: des apports abondants et rapides d'argiles terrigènes
comme composant des argiles pourraient être dus à des courants
de turbidité, des courants de fond, ou à des suspensions
périodiques de sédiments à grains très fins
lors de tempêtes. Le changement progressif mais rapide entre le jaspe
et les argiles indiquerait un changement drastique dans le processus de
dépôt. L'alternance périodique et brutale de lithologies
dans les coupes de jaspes rubanés suggère que des dépôts
distaux de turbidites sont à l'origine de la composante détritique.
Cependant la composition des jaspes et des argiles interstratifiés
diffère. Le fond sédimentaire étant ici la boue à
Radiolaires, leur composition devrait être relativement constante
alors que les interlits détritiques pourraient être à
composition soit constante soit variable, selon que les régions
de leur source en boue varie ou non. Cette proposition pourrait correspondre
à quelques radiolarites paléozoiques de la Montagne Noire,
France (STEINBERG et al., 1983).
Il apparaît donc que divers phénomènes
puissent aboutir à un même résultat : les radiolarites
litées. Ces processus pourraient intervenir pour un même site
à différentes périodes ou au même moment, et
par conséquent obscurcir les divers phénomènes.
Laminations
Les jaspes présentent fréquemment des lamines. Certaines proviennent incontestablement des conditions de (re)sédimentation. D'autres lamines en revanche sont expliquées par des variations saisonnières et sont donc considérées comme des varves marines. La partie riche en Radiolaires de chaque varve pourrait refléter un upwelling saisonnier, la partie riche en argile, un lessivage annuel. C'est par exemple le cas pour la Formation de Monterey, pour les sédiments du bassin de Santa Barbara (PISCIOTTO & GARRISON, 1981; SOUTAR et al., 1981) et pour ceux du golfe de Californie (SCHRADER et al., 1980): les lamines riches en tests siliceux et celles riches en argiles sont restreintes aux parties de pente affectées par la zone à oxygène minimum, là où la bioturbation est éliminée (profondeur de 300 à 1 200 m). D'autres dépôts à laminations sont expliqués par une alternance de courants chauds et froids comme c'est le cas pour les dépôts pliocènes de Sicile (RIEDEL & SANFILIPPO, 1978). Il y a donc plusieurs échelles d'alternances (bancs, lamines etc.).
Contrôle climatique
La diagenèse est responsable du litage, tout autant que les courants,
mais les bancs sont liés à une variation interne préexistante,
et exagèrent donc une discontinuité préexistante.
Les radiolarites téthysiennes de Grèce par exemple apparaissent
souvent sous forme de bancs de 4 cm d'épaisseur moyenne (bancs de
2 à 5 cm pour la plupart). Cette formation d'environ 60 m comprend
alors environ 1 500 bancs. Sa durée est d'environ 32 Ma (Bajocien(
?) à Tithonien (DE WEVER & CORDEY, 1986); un lit (un cycle)
correspond approximativement à 21 000 ans. Ce nombre correspond
aux précessions des équinoxes (DE WEVER, 1987) dans la théorie
de Milankovitch des changements climatiques. Ainsi donc le rubanement des
radiolarites de Grèce semble être dû à des changements
climatiques liés aux variations de rotation de l'axe de la Terre.
Cette hypothèse d'un contrôle astronomique a aussi été
retenue par d'autres auteurs pour les dépôts siliceux d'âges
différents: MURRAY & PRELL (1992) pour des sédiments
plio-quaternaires du bassin d'Owen, et SHIMMIELD (1992) pour le nord-ouest
de l'Afrique. Ces auteurs signalent que l'accumulation d'opale correspond
à un cycle de 23 000 ans. Ils la corrèlent avec un fonctionnement
d'upwelling, la productivité primaire étant liée à
des contraintes orbitales. Plus récemment encore SARNTHEIN &
FAUGERES (1993) ont fait appel aux cycles de Milankovitch pour expliquer
la lamination et les variations du contenu en manganèse de boues
à Radiolaires de la bordure orientale de l'Atlantique équatorial.
La variation climatique régulière a été
appliquée avec succès pour interpréter les sédiments
pélagiques crétacés des régions téthysiennes
(DE BOER, 1982). Les périodicités des cycles carbonates-argiles
de la Scaglia italienne rentrent bien dans le cadre d'une périodicité
de 20 000 ans et sont en bon accord avec les cycles de précession.
Une périodicité similaire est établie pour la Maiolica
(calcaire blancs à nannofossiles du Tithonien-Aptien téthysien).
De légères modifications de climat ont parfois des effets
très importants sur le plancton. L'effet El Nino par exemple diminue
la biomasse d'un facteur 10 (HEINZE & WEFER, 1992) et même d'un
facteur 20 selon PISIAS et al. (1986). Nous savons aussi que de légères
modifications de la productivité planctonique conduisent à
de fortes modifications d'abondance et de diversité des Radiolaires
dans les sédiments du fond (RENZ, 1976), cette amplification est
encore accentuée durant la diagenèse. Ceci peut expliquer
une alternance de niveaux riches en Radiolaires avec des niveaux d'argiles
azoiques (Radiolaires non conservés). Les argiles des radiolarites
litées pourraient correspondre à des périodes d'eaux
stratifiées à faible productivité (DE WEVER, 1987).
Cette double exagération est susceptible de conduire d'une boue
à faibles variations en teneurs relatives en carbonate et en silice
à une alternance de bancs de calcaires et de jaspes. On peut ainsi
conclure que chaque modification du signal initial (lors de la sédimentation,
de la diagenèse, etc.) est accompagnée d'une amplification
de la fluctuation dans la roche.
Fréquence des dépôts turbides
Les jaspes lités des Apennins du Nord ne présentent pas
le même type d'alternance (lits d'argiles plus épais et de
même épaisseur que les lits de jaspes) et résulteraient
surtout de turbidites. BARRETT (1982) en estime la fréquence à
un événement par 2500 à 10 000 ans.
A cause de nombreux facteurs qui interviennent et biaisent ainsi l'information
fournie par le taux de sédimentation (turbidites, redépôt,
apport ou dissolution de la silice des tests), BARRETT (1981) considère
qu 'il est plus significatif de prendre en compte le nombre d'événements
(turbidites) par unité de temps et considère qu'un banc représente
une turbidite. Le calcul révèle alors une moyenne de 47 événements/Ma,
toujours pour les radiolarites de la série du Pinde-Olonos (Grèce)
alors qu'il obtient 100 à 400 événements pour celles
d'Italie du Nord. A cette différence importante il convient d'effectuer
deux remarques :
(1) Barrett précise aussi que d'après les données
sédimentologiques les radiolarites de Grèce et d'ltalie sont
de type différent, et implicitement que les bancs ont peut-être
aussi une origine différente,
(2) la théorie de Milankovitch explique le rubanement pour les
radiolarites de Grèce, mais pas pour celles d'Italie. Ce qui peut
ici sembler contradictoire ne l'est pas forcément. En effet, les
radiolarites s'étant déposées là où
fonctionnaient d'importants upwellings, il se peut que dans les bassins
du Pinde-Olonos et Ligure les régimes d'upwellings soient différents
: pérennes en Italie, mais dans des conditions plus limites et donc
temporaires - en Grèce.
Nous avons donc vu qu'il existait divers types d'alternance (bancs,
lamines, etc.) Il convient maintenant de noter que diverses cyclicités
sont discernables dans certains dépôts siliceux. PISCIOTTO
& GARRISON (1981) par exemple citent des cycles de 3 ordres pour la
Formation de Monterey, allant de la saison à plusieurs milliers
d'années.
Indices de remaniements.
De nombreux jaspes à Radiolaires ont un aspect homogène.
Pourtant une légère attaque révèle souvent
(éclaircissement de la surface à HF 2-4 % pendant quelques
minutes, ou à HCl à chaud 10-20 % pendant 5 mn pour enlever
des argiles et/ou des oxydes métalliques) des indices de granoclassement
ou des mouvements synsédimentaires susceptibles d'être rapportés
à des courants de fonds, à des turbidites (FOLK & MCBRIDE,
1977), à des contourites (SARNTHEIN & FAUGERES, 1993) et à
des slumps.
Figures sédimentaires dans les jaspes
a. L'échantillon scié, attaqué à l'acide
fluorhydrique révèle des granoclassements, des failles intraformationnelles
et des stratifications entrecroisées. Aucune de ces structures n'était
visible avant l'attaque. La hauteur de l'échantillon est égale
à 4 cm.
b à d. Echantillon qui mesure 5 cm de haut. b : échantillon
scié avant l'attaque acide ; un ensemble marron-rouge à tavelures
rosâtres.
c : échantillon après l'attaque acide pendant 5 mn
; la couleur est plus claire, des structures sont visibles.
d : dessin de ces structures. S = stratifications obliques.
A l'échelle de l'affleurement, de l'échantillon, ou de
la lame mince, on reconnaît fréquemment, dans des jaspes de
séries radiolaritiques, une rythmicité plurimillimétrique
à décimétrique comportant une partie grossière
et une partie fine. La partie grossière (arénites lessivées)
contient plus de 50 % de Radiolaires parmi lesquels les formes globulaires
dominent, les tests étant le plus souvent remplis de silice. Des
grains de quartz et des fragments pélitiques ("clay clasts") sont
associés aux microfossiles. Le granoclassement, presque toujours
visible, est le plus souvent normal, mais parfois inverse. Le caractère
redéposé de ces sédiments est par là évident.
La partie fine (argilites ou argiles) contient de gros Radiolaires remplis
d'argiles noyés dans une matrice pélitique composite d'argile
et/ou de calcaire micritique et/ou de quartz microcristallin. Les Radiolaires
sont moins nombreux que dans la partie grossière, mais sont mieux
préservés (présence d'épines) et possèdent
une plus grande variété de formes. Le granoclassement est
absent ou peu évident. Cette phase représente soit la séquence
la plus fine du dépôt d'un courant, soit une sédimentation
pélagique in situ, c'est-à-dire un dépôt autochtone.
On ne connaît pas le laps de temps qui sépare la sédimentation
d'un Radiolaire mort de son redépôt, mais l'observation de
lames minces montre que le remaniement affecte souvent les tests emplis
de silice (lors d'une diagenèse précoce ?) ; ceci suggère
une longue période entre la sédimentation primaire et le
remaniement. Des mélanges de faunes comme ceux qui viennent d'être
décrits sont fréquents dans les jaspes à Radiolaires.
Or l'exhumation, le transport et le redépôt final sont des
processus sélectifs basés sur le comportement des tests face
aux agents hydrodynamiques. Ces processus semblent être responsables,
au moins en partie, de la grande variété des faunes que l'on
observe d'un échantillon à l'autre.
Diverses interprétations, selon le contexte, ont été
proposées pour expliquer les dépôts biogènes
resédimentés :
(1) redistribution des constituants biogènes eux-mêmes
sur les flancs d'une ride (NISBET & PRICE, 1974) ;
(2) juxtaposition à une source continentale par exemple dans
un fossé actif dans le cas des mélanges de type franciscain
(CHIPPING, 1971) ;
(3) redistribution des composants dans les parties les plus basses
d'un fond irrégulier (BARRETT, 1982) ;
(4) remaniements résultant de bas niveaux marins avec redistribution
sous forme de turbidites, comme pour la Formation de Monterey (PISCIOTTO
& GARRISON, 1981).
Toutes ces caractéristiques ont été observées
dans les radiolarites et dans les diatomites (PISCIOTTO & GARRISON,
1981).
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