Accueil GEOLOGIE
Ressources pédagogiques

LES RADIOLAIRES

Les radiolarites du Mésozoïque  téthysien



 
 
 
I. INSTALLATION DIACHRONE DES RADIOLARITES

II. DISPARITION SYNCHRONE DES RADIOLARITES

III. SITES DE SÉDIMENTATION DES RADIOLARITES

IV. PALÉOGÉOGRAPHIE DES RADIOLARITES TÉTHYSIENNES

V. CONCLUSION : BILAN


 

I. INSTALLATION DIACHRONE DES RADIOLARITES


cliquer pour agrandir Des études précises et complètes, conduites sur des radiolarites téthysiennes du Dogger-Malm, apportent une moisson d’informations prouvant que l'installation de ce type de sédimentation est diachrone mais que leur disparition est généralement synchrone. Ces variations d’âge peuvent être expliquées par l’installation des radiolarites sur des blocs basculés d’une marge en formation (DE WEVER et al. 1985). Dans quelques cas les blocs basculés correspondent à un étirement du continent (Rif, Maroc ; Lagonegro, Italie). Une telle marge pourrait alors correspondre à une zone transformante (CECCA et al.. 1993) entre l’Océan Atlantique en cours d’ouverture et la Téthys. Les bassins à Radiolaires du Maroc septentrional migrent durent le Jurassique moyen et supérieur vers le nord, suggérant une sédimentation sur des blocs basculés avec progression vers le nord de nouvelles failles listriques (De WEVER et al., 1985).

Dans d’autres cas, ces variations d’âge correspondent à une différence entre bassins et plateaux ou hauts-fonds (par exemple bassin Lombard-plateau de Trente. Italie du Nord, (BAUMGARTNER. 1984) ; Monts Bakony, Hongrie (GALACZ et al., 1985 ; De Wever (données non publiées)).

Les premiers dépôts de radiolarites ne sont pas synchrones mais leur maximum d’extension est atteint à l'Oxfordien. A titre de comparaison on notera que les changements de faciès carbonatés à siliceux de la Formation de Monterey ne sont pas non plus synchrones et que ces variations sont interprétées comme étant le résultat de la position des sites par rapport au centre de l’upwelling au moment du dépôt (WHITE et al., 1992)

La géométrie générale de la Téthys centrale au Jurassique est celle d’un triangle ouvert vers l'est, situé pour sa plus grande partie dans la zone intertropicale, balayée par les alizés, ce qui favorise l’existence d’un courant de surface dans le sens horaire au nord de l’équateur (De WEVER & THIÉBAULT, 1981). Ce triangle existe depuis la création de la Téthys au Permien. Au Trias, puis au Jurassique, l’ouverture de la Téthys vers l'ouest se poursuit. Ce schéma correspond à une installalion progressive de la sédimentation radiolaritique de l'est vers l'ouest : Permien en Oman (DE WEVER et al., 1990), Trias en Turquie (FOURCADE et al., 1991), en Grèce (Tourla, DE WEVER, 1982b), en Albanie (Mirdita, DE WEVER & KELLICI, 1994) et en Italie (Lagonegro, DE WEVER & MICONNET, 1985), Jurassique inférieur Pinde-Olonos, Grèce, Yougoslavie, etc), Jurassique moyen et supérieur en Oman, Turquie, Albanie, Montenegro, Grèce, Italie, Algérie, Maroc,…,  c’est-à-dire dans toutes les régions précédentes.

II. DISPARITION SYNCHRONE DES RADIOLARITES

Au Tithonien la sédimentation radiolaritique s'arrête, en général, brutalement dans la Téthys méditerranéenne. Elle est remplacée par une sédimentation carbonatée riche en Nannoconus (Oberalm des Alpes du Nord, Maïolica des Alpes du Sud, Biancono des Alpes Venetiennes. Calcaires à Calpionelles d'EIbe, Calcare Rupestre des Apennins - Ombrie, Marches, Calcaires de Vigla en Grèce - Zone Ionienne - Calcaires à Calpionelles de Grèce - zone du Pinde-Olonos - Lattimusa de SiciIe,…). Bien que ce changement brutal de faciès des boues à Radiolaires aux boues à Nannoconus soit très répandu, sa cause n'est pas nécessairement due à des bouleversements car on a vu que de légères modifications du milieu peuvent se traduire par des répercussions amplifiées. Ce changement a peut-être été brutal mais on ne peut en toute rigueur ne prendre en compte que les radiolarites de la Téthys méditerranéenne. En effet les radiolarites d'autres régions, soit de la Téthys centrale (le long de la marge de l'Arabie), soit de la Téthys orientale de la marge est du Gondwana, soit encore de la Panthalassa (Japon, Californie. Mexique, Costa Rica, Canada,…) ne sont pas interrompues par une modification de la sédimentation biogène mais par une dilution due à des apports détritiques.

Des changements de la circulation océanique dans la Téthys méditerranéenne pourraient résulter de la tectonisation des zones internes des Hellénides à la fin du Jurassique (DE WEVER & THIEBAULT, 1981) mais cette surrection n’a pas fermé complètement le triangle téthysien. Une telle fermeture aurait pu accroître la quantité de sédiments anoxiques connus dès le Malm (Valaisan, Caucase), ce qui n'est pas le cas. Cette tectonisation fut donc peut-être insuffisante pour modifier les conditions océanographiques aussi loin qu'au Maroc. Par ailleurs nous savons que
(1) la Téthys s’ouvre vers l’ouest depuis le Permien ;
(2) des échanges d’eaux ont lieu entre le Pacifique et l'Atlantique via un corridor marin situé entre l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud dès le Callovien. Cette communication est attestée par la migration des Ammonites (Reineckeidae du Pacifique vers la Téthys, CARIOU et al., 1985 ou Parasenia de la Téthys vers le Pacifique, ENAY & MANGOLD, 1983). Mais ces échanges ne constituent jamais des indices d’échanges d'eaux profondes;
(3) au Jurassique terminal un nouveau courant apparaît dans l’Atlantique puisque des Pygope arrivent au Groenland (ENAY, 1980) ;
(4) selon diverses équipes (KENNETT, 1982) un échange d’eaux profondes s'installe au Tithonien-Berriasien entre les deux Amériques. Une communication océanique Téthys-Pacifique a été illustrée par PINDELL (1985) entre le bloc du Yucatan et le Mexique, ce qui aurait pu affecter la circulation océanique de façon significative;
(5) une chute de la CCD vers la limite Tithonien inférieur-Tithonien supérieur est enregistrée par le passage de la sédimentation siliceuse à la sédimentation carbonatée.
Un flux latitudinal d’eaux au travers du domaine Caraïbe pourrait modifier considérablement le modèle de circulation qui, de tourbillonnaire dans le coin de la Téthys méditerranéenne (et ses upwellings associés), deviendrait latitudinal et pourrait expliquer la disparition brutale du faciès radiolaritique au Jurassique terminal (DE WEVER et al., 1986). Cette hypothèse s’accorde bien avec la longue durée de la sédimentation radiolaritique à l'est de la marge arabe de la Téthys (Oman, DE WEVER et al., 1987) : le courant persisterait là de même que l’upwelling et favoriserait la formation de radiolarites jusqu’au Crétacé supérieur (De WEVER et al, 1990). On notera d’ailleurs qu’au moment précis où les courants de tourbillonnaires seraient devenus latitudinaux s’enregistre un approfondissement brutal de la sédimentation du domaine autochtone en Oman. La sédimentation redevient moins profonde progressivement pendant le Néocomien. Au Japon, plus à l'est encore, là où les radiolarites ne disparaissent pas par dilution détritique cette modification de courant n'a aucun effet et les radiolarites se maintiennent pendant le Néocomien.

En conclusion, il apparaît que les régimes des courants ont conditionné l’établissement de la sédimentation radiolaritique dans le domaine téthysien. Cette sédimentation a été infuencée directement par la configuration géodynamique de la Téthys en forme de V fermé vers l’ouest, ce qui a entrainé le dépôt de radiolarites dans le triangle téthysien tant qu’il fut fermé vers l’ouest aux grandes circulations océaniques, c’est-à-dire du Permien au Jurassique terminal. A la fin du Jurassique supérieur l’élargissement de l'Atlantique et l’ouverture du cul-de-sac téthysien vers l’ouest, au niveau du domaine Caraïbe, par l’éclatement de la Pangée entre les deux Amériques met fin à cette configuration particulière du cul-de-sac téthysien qui disparaît à jamais. Cette modification morphologique entraîne une modification drastique des régimes de courants océaniques, ce qui influence à la fois la productivité planctonique et par conséquent fait brutalement chuter la CCD.
 

suite 

Intérêt
Historique
Plancton
Sédiments
Séries géologiques
Bibliographie