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LES RADIOLAIRES
Diagenèse
Le développement de processus diagénétiques est visible sur des sédiments du Jurassique supérieur à l'Actuel. L'histoire diagénétique des boues siliceuses est fortement influencée par la nature, siliceuse, calcaire ou autre, du sédiment hôte et par sa perméabilité.
Transformation des phases silicatées
La silice biogène du test des Radiolaires est amorphe quand elle est observée aux rayons X (= non cristalline). Elle est appelée opale-A (opale amorphe). Cette opale-A est instable et tend à se transformer en opale-CT (qui correspond à un mélange d'opale de cristobalite et de tridymite) qui apparaît sous formes de lépisphères. Parfois cette opale-CT est appelée lussatite.
Une roche à ce stade est appelée porcelanite. La transformation de l'opale-A en opale-CT résulte d'un mécanisme de dissolution-précipitation (MIZUTANI, 1966). Une réaction à l'état solide a été suggérée (ERNST & CALVERT, 1969; HEATH & MOEERLY, 1971) mais battue en brèche par des travaux ultérieurs (MURATA & LARSON, 1975; STEIN & KIRKPATRICK, 1976).
A plus haute température (enfouissement ou flux thermique plus important) ou avec le temps, I'opale-CT se transforme en calcédoine et/ou quartz microcristallin, qui représente la phase siliceuse stable. La solubilité des phases sédimentaires siliceuses les plus communes varie avec la température et à un moindre degré avec la pression. La structure interne et la surface spécifique des particules de silice amorphe et de la cristobalite affectent leur degré de solubilité (HURD et THEYER, 1975).
La formation de jaspe, résultant de la transformation d'opale-A en opale-CT, et donc la dissolution des tests siliceux, est d'autant plus lente qu'un sédiment contient une proportion élevée d'argiles, et en particulier de smectites par rapport au sédiment purement siliceux et encore plus par rapport aux carbonates (KEENE, 1976; KASTNER et al., 1977).
La température affecte fortement le taux de diagenèse
des boues siliceuses (MURATA & LARSON, 1975). Ainsi les jaspes ont-ils
tendance à prévaloir en général dans les sédiments
les plus anciens et les plus profonds et les porcelanites dans les sédiments
plus jeunes et moins profonds. Cependant des facteurs géochimiques,
tels la composition chimique des fluides interstitiels et/ou la minéralogie
et la composition chimique du sédiment hôte déterminent
souvent une inversion des relations théoriques entre la profondeur
d'enfouissement et les polymorphes diagénétiques de la silice
(KASTNER et al., 1977).
Chaque transformation de phase se fait par un état intermédiaire liquide (il ne s'agit donc pas d'une transformation lente solide-solide comme ce fut proposé). La solubilité des diverses phases augmente avec la température et la pression. Les champs de stabilité de chaque phase siliceuse sont fonction de la température et de la concentration en silice (KASTNER & SIEVER, 1983). La solubilité est en outre fonction de l'état cristallin de la phase solide. Le quartz est la phase silicatée d'énergie libre minimum aux conditions normales de surface de température et pression; toutes-les autres phases sont donc métastables (KASTNER, 1982).
Influence du taux de diffusion
Les transformations diagénétiques sont fortement influencées
par la perméabilité du sédiment hôte (KASTNER
et al., 1984). Le taux de diffusion de l'eau interstitielle est en fait
beaucoup plus important que le taux de sédimentation
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Les profondeurs indiquées dans la partie droite chiffrent les
profondeurs de communication possible entre l'eau interstitielle du sédiment
et l'eau de mer. Ces chiffres soulignent l'importance de la présence
d'argile (qui diminue le taux de diffusion, sa perméabilité
étant très faible). La cinétique de la transformation
est diminuée par la quantité d'argile (surtout les smectites).
Les impuretés de surface (telles Al, Fe, particules de matière
organique) diminuent aussi la solubilité apparente des diverses
phases siliceuses alors qu'au contraire elle est augmentée par un
pH élevé et par le NaCl.
Les Radiolaires sont des organismes pélagiques dont la présence
dans les sédiments est généralement à l'état
de tout ou rien. Cette dualité résulte d'une double exagération
des variations d'abondance :
1) lors de la sédimentation (cf. page taphonomie),
et
2) lors de la diagenèse qui se fait en passant par une phase
liquide. Ceci conduit à des sédiments qui de peu différenciés
en bancs lors du dépôt deviennent de plus en plus différenciés
ultérieurement. Cette modification est illustrée dans les
diatomites de la Formation Monterey, Californie, qui apparaissent massives
et peu compactes là où elles n'ont pas été
transformées et stratifiées - bandes noires et blanches -
et très indurées là où la diagenèse
est marquée (GARRISON & DOUGLAS, 1981). Lors de la diagenèse
la silice migre. Pendant les transformations d'opale-A en opale-CT, elle
migre de 10 à 100 cm; puis de nouveau d'environ 10 cm lors de la
transformation d'opale-CT en quartz (TADA, 1991). Cette migration permet
aux niveaux les plus siliceux de s'enrichir en silice et aux moins riches
de s'en appauvrir. Les différences initiales sont alors considérablement
exagérées.
Diminution de la porosité
Plus le sédiment initial est riche en silice plus la diminution de porosité est importante lors de chacune des deux transformations de la phase siliceuse (opale-A - opale-CT puis opale-CT - quartz).
Figure C
Schéma d'évolution latérale des phases de la
silice dans la Formation de Monterey
(région de Santa Barbara, Californie).
Figure E
Transformations minéralogiques et compaction induite du sédiment.
Figure F
Modification de la lithologie et de la répartition des composants
pour un sédiment siliceux lors de la diagenèse.
Dans les roches la diminution de porosité (diminution de volume) se traduit par la diminution d'une seule dimension : l'épaisseur. La relation qui lie épaisseur et porosité se traduit par :
Ts est le taux de sédimentation initial (de sédiment humide);
Tr le taux de sédiment lithifié (de roche dure); Po
est la porosité originelle, du sédiment; Pf la
porosité finale, à ce jour, de la roche.
Le tableau ci-dessous fournit les porosités pour
diverses richesses en silice et corrélativement les facteurs de
décompaction.
Porosité de diverses richesses en silice et facteurs de décompaction associés
En fonction des variations de porosité et de densité (ISAACS, 1981) une compaction de 60 % a été proposée pour des sédiments très siliceux. A partir d'un fragment de bois silicifié trouvé dans des radiolarites de la Formation Adoyama (Honshu, Japon), IIJIMA et al. (1989) proposent une compaction des sédiments de 60 %. Ils précisent que le litage actuel de 3,9 cm était d'environ 20 cm à l'origine et que l'épaisseur totale avoisinait les 335 m (ils utilisent un facteur de décompaction égal à 5). On note avec intérêt que les deux chiffres sont identiques.
Le contenu moyen en silice des radiolarites (bancs de jaspes et interbancs plus argileux) est de 85 à 95 % (STEINBERG et al., 1983; GURSKY & SCHMIDT-EFFING, 1983); une porosité initiale moyenne de 70-80 % et finale de 1-4 % peuvent donc être retenues. On notera d'ailleurs que SARNTHEIN & FAUGERES (1993) ont mesuré une porosité de 75 à 85 % pour des boues à Radiolaires de la bordure est de l'Atlantique équatorial. Appliquant les changements de porosité fournis ci-dessus nous obtenons :
TS = 5,0 Tr (avec Po = 80 %, Pf = 1 %),
Ts = 3,2 Tr (avec Po = 70 %, Pf = 4 %) pour les
radiolarites.
Si l'on souhaite être plus précis il convient de considérer le partitionnement jaspes/interlits pélitiques qui est, pour les radiolarites de la zone du Pinde-Olonos de 4 cm de jaspes pour 0,5 cm de pélites. Les bancs de jaspes (à 95 % de SiO2, 4 cm d'épaisseur) ont alors un facteur de décompaction qui équivaut à multiplier son épaisseur actuelle par 5 et par 2 pour les interbancs pélitiques (à 40 % de SiO2, biogène, 0,5 cm d'épaisseur). De cette alternance actuelle 4 pour 0,5 correspondait à une alternance 20 pour 1. On notera que l'on arrive au même type d'alternance que celle connue dans les diatomites de la Formation de Monterey (GARRISON, 1992). Une formation de radiolarites aujourd'hui épaisse de 60 m faisait à l'origine 280 m, soit près de 4,7 fois plus épaisse (Fig. 32 et 35). Par un cheminement inverse, SARNTHEIN & FAUGERES (1993) admettent qu'une boue à Radiolaires de la partie orientale de l'Atlantique équatorial verra son épaisseur finale atteindre 1/4 ou 1/5 de son épaisseur initiale. Il est intéressant de noter que les diverses approches conduisent au même résultat.
Figure G
Compaction liée à la diagenèse.
Voir aussi figure E ci-dessus.
Durée des transformations de phases
Outre la pression et la température, le temps favorise la transformation des phases siliceuses. Les sédiments siliceux cénozoïques sont généralement à l'état de porcelanites alors que les jaspes (ou silex, ou chailles, ou phtanites ou lydiennes,...) sont plus fréquents dans les terrains mésozoïques et paléozoïques. La transformation des phases opale-A en opale-CT est estimée s'effectuer en 20 Ma (à 25-50°C) dans les zones à taux de sédimentation faible à moyen, et 5 à 10 Ma dans les zones à taux de sédimentation élevé (KASTNER, 1981). La transformation d'opale-CT en quartz nécessite 40 à 50 Ma dans les zones à taux de sédimentation et flux thermique moyens. De ce fait, dans les radiolarites méditerranéennes on peut estimer que la transformation des phases des Radiolaires jurassiques fut terminée vers l'Albo-Cénomanien pour les niveaux très siliceux (les bancs de jaspes) et vers l'Éocène pour les interlits plus pélitiques (à taux de diffusion plus faible), juste avant les principales phases tectoniques qui ont plissé ces niveaux .
Dans les calcaires, quand les Radiolaires existent, ils
sont souvent rassemblés dans de petits "nids" et épigénisés
en pyrite, ce qui explique qu'un échantillon peut livrer une riche
faune alors que d'autres prélèvements du même banc
se révèlent stériles. Les pelotes fécales sont
des micro-environnements réducteurs souvent épigénisés
en pyrite (GALL, 1976). Or les Radiolaires atteignent souvent le fond intégrés
dans des pelotes fécales (DUNBAR & BERGER, 1981). Inclus dans
la pelote fécale, ils sont aussi protégés (mécaniquement
et chimiquement). On notera d'ailleurs que ce vecteur de sédimentation
a aussi été évoqué pour le dépôt
de nannofossiles et Radiolaires dans les craies d'Europe (JENKYNS, 1986)
aussi bien que pour les Diatomées (SCHRADER, 1971). L'origine des
"nids" à Radiolaires que l'on trouve dans les calcaires est donc
probablement à rechercher dans les pelotes fécales.
Les Radiolaires sont fréquemment mentionnés
dans les calcaires, où leur calcitisation est presque la règle,
même à proximité de rognons siliceux (dans lesquels
ils ne sont d'ailleurs discernables qu'à l'état de fantômes).
Dans les calcaires, les Radiolaires ne sont restés siliceux que
lorsque ceux-ci sont riches en argiles. Dans de tels faciès, on
n'a en outre jamais observé de nodule siliceux (à bords nets).
Les éventuelles silicifications y sont systématiquement diffuses.
Les minéraux argileux ralentissent la cinétique de la transformation
opale-A - opale-CT puis opale-CT quartz. Or cette double transformation
se fait à l'état fluide (STEIN & KRKPATRICK, 1976) et
la silice est plus facilement mobile dans les calcaires (KASTNER et al,
1977). On conçoit donc qu'en l'absence de minéraux argileux
susceptibles de ralentir la transformation - les tests voient leur silice
migrer, quitte à ce qu'elle se concentre en nodules à proximité.
Dans les calcaires très argileux au contraire la silice n'a pas
tendance à migrer, elle reste diffuse.
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