Les signes précurseurs de l'éruption de 1902

1889
1ère manifestation fumerollienne dans le cratère de l'Etang Sec
1900
2 nouvelles fumerolles observées
1901
5 ou 6 fumerolles actives
janvier 1902
intensification de l'activité fumerollienne
(odeur de soufre ressenties sur le flanc ouest)
23 mars
émanations fumerolliennes visibles au sommet du volcan
fin mars
odeurs sulfureuses perçues en permanence par les habitants des villages de Sainte Philomène et du Prêcheur (noircissement de l'argenterie)
23 avril
( 8h00) premier séisme ressenti au Prêcheur
23 avril
(20h45) première explosion phréatique et séisme ressenti
24 avril
intense activité phréatique dans le nuit du 24 au 25 avril
25 avril
nombreuses explosions phréatiques
panaches sombres au sommet visibles de Saint-Pierre
blocs projetés balistiquement ( 300 à 400 m de hauteur)
retombées de cendres sur le flanc ouest du volcan et pour la première fois sur le village du Prêcheur (3 mm)
26 - 30 avril
décroissance de l'activité dégazage très important dans le cratère mais peu ou pas d'explosions phréatiques
Après le 20 avril
apparition d'un lac dans le cratère de l'Etang Sec formation d'un cône de cendres autour de l'évent
après le 25 avril
variations inhabituelles du débit des eaux de la Rivière Blanche
30 avril
fortes secousses sismiques ressenties à Saint-Pierre
1er mai
explosions phréatiques dans le nuit du 30 avril au 1er mai
importantes retombées de cendres sur le Prêcheur
2 mai
explosions phréatiques importantes retombées de cendres dans toute la région du Prêcheur
nuit du 2 au 3 mai
augmentation de l’activité
premières retombées de cendres sur Saint-Pierre et sur toute l'île
3 mai
premier télégramme envoyé en métropole signalant l'éruption de la Montagne Pelée
poursuite des explosions phréatiques
5 mai
(matin) retombées de cendres en continu sur le village du Prêcheur
(épaisseur de cendres cumulée : 4 mm à Saint-Pierre, 5 cm au Prêcheur et 25 à 30 cm sur les flancs du volcan)
premier nuage bleuté observé au sommet du volcan
augmentation du débit de la rivière Blanche avec débordements
5 mai
(12h30) coulée de boue dans la rivière Blanche
destruction de la distillerie Guérin située à son embouchure 23 premières victimes
nombreuses crues dans les vallées radiales du volcan
nuit du 5 au 6 mai
lueurs et incandescences observées au sommet du volcan : le magma a atteint la surface et la croissance d'un dôme de lave a débuté
retombées de cendres quasi-continues sur le village du Prêcheur et plus sporadiquement sur la ville de Saint-Pierre
6 mai
cratère rougeoyant et projection de blocs incandescents observé depuis depuis Saint-Pierre
7 mai
observation de "nuages" roulant depuis le cratère dans la vallée de la Rivière Blanche mais s'arrêtant à mi-pente : ce sont peut-être de premiers écroulements du dôme de lave
nombreuses crues et coulées de boues dans la plupart des rivières drainant les flancs du volcan
nuit du 7 au 8 mai
nombreux orages et très fortes pluies
à 3 heures du matin, une coulée de boue dévale dans la vallée du Prêcheur, engloutissant les habitations de part et d'autres de la vallée
400 personnes périssent au village du Prêcheur
cette catastrophe ne sera pas connue des habitants de Saint-Pierre
8 mai au matin
situation calme à Saint-Pierre
les explosions se poursuivent et engendrent des nuages sombres obscursissant la ville
Le Roraima, ancré dans la rade à 6h 45, reçoit quelques retombées de cendres
Le Diamant arrive à 7 h du matin dans la rade, chargé de curieux et. repart vers Fort de France quelques minutes avant la catastrophe, pratiquement vide

 
 
Le 8 mai 1902 Tous les témoignages, principalement collectés par Alfred Lacroix, convergent sur la brutalité et la rapidité du phénomène. L’étude détaillée des dépôts a également permis de reconstituer le paroxysme de la crise volcanique. L’explosion du 8 mai se produit à la base du dôme de lave visqueuse formé dès la nuit du 5 au 6 mai dans le cratère de l’Etang Sec. Les gaz, jusque là emprisonnés dans le magma se détendent brutalement et pulvérisent le dôme. L’explosion, qui libère une énergie colossale, est dirigée latéralement vers le sud-ouest avec un angle de 120° à partir du sommet. Le mélange de gaz, cendres et blocs s’épanche en un écoulement pyroclastique dilué et turbulent, qui se répend à toute allure (plus de 500 km/h) sur les flancs du volcan.
Cet écoulement est baptisé “ nuée ardente ” par A. Lacroix et caractérise le dynamisme péléen.
La nuée ardente du 8 mai, extrêmement dévastatrice, atteint la ville de Saint-Pierre en moins de 2 minutes et fait 28 000 victimes.

Ce que l’on sait peu, c’est que la nuée ardente péléenne du 8 mai n’a pas été unique. Au moins 7 nuées ardentes péléennes ont déferlé sur Saint-Pierre au cours des 4 mois suivants. On peut citer celles du 20 mai, qui acheva la destruction de la ville, du 26 mai, du 6 juin et du 30 août. Cette dernière, plus violente que les précédentes, a eu un angle d’expansion plus grand, touchant la ville de Saint-Pierre mais également celle du Morne Rouge. Dans cette ville, non évacuée puisque toutes les autres nuées s’orientaient vers le sud-ouest, périrent à nouveau 1 000 personnes.

Près de 30 000 personnes trouvèrent, donc, la mort au cours de la phase paroxysmale de l'éruption.